Certification, gouvernance, finance : les médecins libéraux mettent l’Ordre sous pression

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S’appuyant sur le rapport de l’Inspection générale des finances qui a fait grand bruit, la Confédération des syndicats médicaux français, organisation majoritaire chez les médecins libéraux, critique le positionnement du Conseil national de l’Ordre des médecins. Avec une inquiétude supplémentaire : l’élargissement récent du rôle ordinal dans la certification périodique...

Certification, gouvernance, finance : les médecins libéraux mettent l’Ordre sous pression

© Midjourney x What's up Doc

La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), principal syndicat de médecins libéraux en France, hausse le ton contre le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). Dans un communiqué publié le 2 avril, elle affirme « prendre acte avec gravité » des conclusions du rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), évoquant des « dérives financières préoccupantes », des « insuffisances de gouvernance » et des « défaillances dans l’exercice de certaines missions essentielles ».

Mais au-delà de ces critiques, la CSMF vise plus largement l’évolution du rôle de l’Ordre. S’appuyant sur le rapport, elle évoque une « évolution vers des prises de position relevant davantage d’une logique de défense d’intérêts corporatistes que de l’exercice strict de ses missions », estimant que « cette dérive pose question ».

Une montée en puissance récente de l’Ordre

Cette prise de position intervient dans un contexte de transformation profonde de la certification périodique des médecins. Mise en place progressivement depuis 2021, celle-ci est entrée dans une phase opérationnelle avec les décrets de décembre 2025 et la publication des référentiels en 2026.

Ces textes confient explicitement aux ordres professionnels « un rôle central dans le contrôle du respect de cette obligation » et dans la saisine en cas de manquement, comme le rappelle le Conseil national de l’Ordre des médecins. Concrètement, tous les médecins doivent désormais, sur des cycles de six ans, justifier d’actions visant à actualiser leurs compétences, sous le contrôle de l’Ordre.

Au-delà de ce contrôle, le rôle de l’institution ordinale s’est étendu dans la mise en œuvre pratique du dispositif. Elle assure l’« information », l’« accompagnement », la « validation des actions réalisées » et l’« enregistrement des justificatifs », en plus du contrôle de l’obligation.

Un élargissement des prérogatives qui nourrit les tensions

C’est précisément cette évolution que conteste la CSMF. Pour le syndicat, l’Ordre doit rester centré sur ses missions fondamentales de régulation et de déontologie, sans empiéter sur le champ de l’évaluation des compétences.

La certification périodique constitue, à ses yeux, une « ligne rouge claire ». Elle doit relever d’une « logique scientifique » et ne peut « en aucun cas devenir un outil de contrôle ordinal ». La CSMF estime ainsi que le Cnom doit se limiter à un rôle « strictement administratif et d’enregistrement », sans intervenir dans l’évaluation des pratiques.

Une position en décalage avec les textes récents, qui ont précisément renforcé le rôle des ordres dans le suivi et le contrôle du dispositif.

Une confusion des rôles dénoncée

Au-delà de la certification, la CSMF alerte sur une « confusion des rôles » plus globale. Elle rappelle que l’Ordre est investi d’une mission de service public : garantir la déontologie, réguler la profession et veiller à la confiance des patients.

En s’écartant de ce périmètre, l’institution prendrait le risque « d’affaiblir sa crédibilité », de « brouiller son rôle » et de « perdre la confiance indispensable à son action », selon le communiqué.

Le syndicat insiste sur la nécessité de distinguer clairement les fonctions : à l’Ordre la discipline et la régulation, aux syndicats la représentation et la défense des médecins.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/certification-periodique-lordre-se-rejoui-et-une-plateforme-numerique-sera-mise-en-place

Un débat relancé sur la place de l’Ordre

Cette prise de position intervient alors que la certification périodique entre dans sa phase concrète de déploiement, avec la publication des référentiels en février 2026 et la structuration du dispositif autour d’un suivi individualisé des parcours.

En contestant l’élargissement du rôle de l’Ordre, la CSMF relance un débat de fond : celui de la répartition des pouvoirs entre institutions ordinales, autorités scientifiques et organisations représentatives.

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