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Une équipe de l’Institut Malbran de Buenos Aires, référence argentine en infectiologie et épidémiologie, un peu l’équivalent de l’Institut Pasteur français, sera à pied d’oeuvre dans le port de 80 000 habitants pour tenter d’infirmer, ou de confirmer, le soupçon infectieux qui pèse sur ce haut-lieu touristique.
C’est d’Ushuaïa qu’était parti le 1er avril le navire de croisière Hondius, sur lequel a éclaté en mer un foyer d’infection. Au 13 mai, selon l’OMS, 11 cas, dont trois décès, ont été signalés.
Le but de la mission est « de faire le prélèvement d’échantillons (de rongeurs) la semaine prochaine », a indiqué hier à la presse le directeur de l’épidémiologie de la province de Terre de Feu, Juan Petrina, sans préciser combien de rongeurs devront être capturés.
Après analyses, « on suppose que les résultats devraient être prêts dans les quatre semaines » à venir, a-t-il ajouté, en se montrant prudent sur ce délai.
Débats sur l'origine
Ushuaïa, où transitent plus de 150 000 touristes par an pour les bateaux de croisière, se défend désespérément d’avoir été à l’origine de la contamination du passager cas zéro, un Néerlandais qui avait séjourné 48 heures en ville avant d’embarquer.
Pour les autorités locales, l’hantavirus est absent de la province depuis que sa notification est devenue obligatoire, il y a 30 ans. Absent aussi, selon elles, le rat à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), vecteur de la souche « Andes » du virus, transmissible d’humain à humain, identifiée pour le Hondius.
Localement, on pointe plutôt du doigt d’autres provinces argentines, bien plus au nord, où l’hantavirus est présent. Le couple néerlandais avait voyagé pendant quatre mois entre l’Argentine, le Chili et l’Uruguay.
« La situation épidémiologique de la zone n’a pas beaucoup changé », a souligné Juan Petrina. « On n’a pas eu de cas (nouveau d’hantavirus). Or 45 jours se sont déjà écoulés depuis le départ du navire ».
La piste de la décharge
Les lieux précis où doivent être réalisés les captures de rongeurs « n’ont pas encore été définis », mais sont en discussion entre la province et l’Institut Malbran, a ajouté Juan Petrina.
L’épidémiologiste a été interrogé spécifiquement sur d’éventuelles captures prévues dans une vaste décharge à enfouissement située à l’extérieur d’Ushuaïa.
Là, selon une information devenue quasi virale — mais à ce jour non confirmée officiellement — le cas zéro néerlandais, grand amateur d’oiseaux, aurait pu se rendre lors de son séjour à Ushuaïa pour observer des charognards. Et, éventuellement, se contaminer, en lien avec la présence de rats à longue queue.
« Pas (de prélèvements) dans la décharge elle-même, parce que ça n’a pas de sens, les rongeurs qui s’y trouvent sont des rongeurs urbains, pas susceptibles d’hantavirus », a souligné Juan Petrina. Plutôt « dans les zones alentour, mais nous n’avons pas encore les points exacts ».
Selon Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d’investigations scientifiques d’Ushuaïa, un autre lieu de capture possible, puisque le rat à longue queue vit plutôt dans des écosystèmes boisés, serait le parc national de la Terre de Feu, un parc montagneux situé à 15 km d’Ushuaïa.
Parmi les inconnues que la mission du Malbran va tenter d’éclaircir : le rat à longue queue est-il réellement absent de la Terre de Feu ? Une sous-espèce locale, sur laquelle existe un débat scientifique, est-elle présente ? Et surtout, pourrait-elle être porteuse du virus ?
Les autorités de Terre de Feu ont martelé jeudi un « message de calme » sur la situation épidémiologique dans la province, à destination du secteur touristique.
« On vit dans un endroit sûr, et il n’est pas seulement sûr d’y faire du tourisme, il est aussi sûr d’y vivre », a insisté Patricio Cornejo, président de la Chambre de tourisme, déplorant une « fake news venue de l’étranger » selon laquelle le foyer du Hondius serait né dans la ville.
Avec AFP
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