« Elle ne souffre pas d'une maladie terminale, mais d'une profonde dépression due à un traumatisme non résolu », ont en particulier assuré certains internautes après un entretien diffusé sur une chaîne espagnole à la veille de sa mort.
La jeune femme, paraplégique, y racontait plusieurs épisodes de sa vie, notamment des agressions sexuelles et des tentatives de suicide, et évoquait aussi les troubles physiques dont elle souffrait.
Pour Marcelino Madrigal, expert en réseaux sociaux et cybersécurité, le débat sur les plateformes numériques autour de l'euthanasie de Noelia a été contaminé par de la désinformation partagée « volontairement »: elle provient « du même écosystème » qui avait mené « les premières campagnes contre la loi sur l'euthanasie » en Espagne, pointe-t-il.
Une polémique biaisée
Le père de Noelia, représenté par l'association ultraconservatrice Abogados Cristianos, a tenté d'empêcher devant les tribunaux que sa fille majeure puisse bénéficier de l'aide à mourir, estimant que les problèmes de santé mentale dont elle souffrait ne lui permettaient pas de prendre cette décision.
C'est à partir de ce moment-là que certains internautes ont commencé à affirmer que l'euthanasie allait lui être administrée pour « dépression ».
Mais différentes décisions de justice ont souligné que « tous » les professionnels de santé ayant analysé la situation de la jeune femme s'accordaient à dire qu'elle souffrait « d'une affection grave, chronique et invalidante », causée par une « lésion de la moelle épinière lombaire » à l'origine de « douleurs neuropathiques difficiles à gérer » et d'une dépendance, ce qui pouvait justifier l'euthanasie au regard de la loi espagnole.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/fin-de-vie-leuthanasie-des-mineurs-lultime-tabou
La magistrate d'un tribunal de Barcelone a par ailleurs indiqué que les médecins, tout comme les psychologues et les psychiatres, considéraient que la pathologie psychiatrique dont elle souffrait ne conditionnait pas « sa capacité à prendre des décisions ».
Et aucune juridiction n'a finalement interrompu le processus.
D'autres internautes ont accusé l'État espagnol de « l'avoir abandonnée » et « tuée » : lorsque Noelia était mineure, ses parents ont perdu sa garde et elle a été placée dans deux centres pour mineurs où, selon des messages viraux, elle aurait été agressée sexuellement par des mineurs étrangers, fréquemment ciblés par la désinformation en Espagne.
Désinformation ciblée
En réalité, dans l'interview diffusée en Espagne, la jeune femme a évoqué trois tentatives d'agression sexuelle, sans mentionner l'origine ni la nationalité de leurs auteurs : l'une de la part d'un ancien compagnon, une autre commise par « deux garçons » dans une discothèque, et la dernière « trois ou quatre jours avant » la tentative de suicide qui l'a rendue paraplégique en 2022, alors qu'elle était majeure - et qu'elle ne pouvait donc plus être dans un centre pour mineurs.
« Il y a eu une volonté de profiter de cette situation pour semer la confusion et, comme lors de nombreux événements, pour s'en prendre à certains groupes », estime Alexandre López Borrull, professeur d’études en Sciences de l'Information et de la communication à l'Universitat Oberta de Catalunya.
« Il n'existe aucun incident d'agression sexuelle enregistré durant sa période de placement dans des centres » pour mineurs, a du reste confirmé à l'AFP la Direction générale de la prévention et de la protection de l’enfance et de l'adolescence de Catalogne, responsable de son séjour dans ces centres jusqu'en 2019, année de ses 18 ans.
Le 26 mars, quelques heures avant sa mort, des comptes connus pour diffuser régulièrement de la désinformation ont aussi affirmé que l'hôpital avait fait pression sur Noelia parce qu'« ils avaient réservé ses organes », de sorte qu'elle ne pouvait plus retarder l'euthanasie, une affirmation également reprise par Polonia Castellanos, présidente d'Abogados Cristianos.
En Espagne,« ceux qui évaluent et autorisent l'euthanasie ne sont pas les mêmes que ceux qui coordonnent le don et la transplantation. Il n'existe pas non plus d'attribution préalable d'organes ni de conditionnement de la procédure en fonction du don », a assuré à l'AFP le médecin José Gómez Rial, chef du service d'immunologie du Complexe hospitalier universitaire de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Avec AFP
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