Budget 2022 de la Sécu: vote définitif sous lourde menace sanitaire

Mesures pour le grand âge, les soignants ou encore sur la contraception : le Parlement doit adopter définitivement lundi le projet de budget 2022 de la Sécurité sociale, mais la 5e vague de Covid-19 pèse comme une épée de Damoclès sur les comptes.

L'épidémie a repris de plus belle en Europe et la France n'échappe pas à cette vague « sans conteste plus forte, plus longue que (...) celle de cet été », selon le ministre de la Santé Olivier Véran qui a annoncé jeudi un durcissement des règles, avec notamment un rappel de vaccin obligatoire dès 18 ans.

Or le projet de budget, conçu alors que la sortie de crise sanitaire s'esquissait, prévoit en 2022 une enveloppe de 4,9 milliards d'euros pour tests et vaccination. Sera-t-elle suffisante ?

Et le déficit de la Sécu, attendu à 20,4 milliards d'euros, après 33,5 milliards en 2021, pourra-t-il être contenu ?

Le Sénat dominé par la droite a rejeté d'emblée ce projet de budget en nouvelle lecture la semaine dernière, notamment car il « ne prévoit toujours pas de stratégie de retour à l'équilibre des comptes de la sécurité sociale après la crise », selon la rapporteure générale Elisabeth Doineau (centriste).

Même opposition des députés LR, qui se prononceront en fin d'après-midi par un ultime vote: ils fustigent un « budget de l'esquive » sur la question de la dette et l'absence de mesures structurelles.

La gauche n'est pas en reste, épinglant « retards », « renoncements », et une « opération de rafistolage, après deux années de pandémie ».

Une rallonge de 1,7 milliard d'euros pour l'assurance maladie en 2021 a été ajoutée en séance, notamment pour l'hôpital.

Le Ségur de la santé se poursuit au travers de ce projet de loi, avec à la clé des revalorisations salariales pour les personnels soignants.

Mesures grand âge disputées

Autre volet phare : celui en faveur des personnes âgées en perte d'autonomie.

Il s'agit principalement de favoriser le maintien à domicile, avec un financement accru des services d'aide. Les dispositifs doivent monter en charge, jusqu'à 1,3 milliard en 2025, donnant corps à la cinquième branche de la Sécu dédiée à l'autonomie, créée l'année dernière.

Mais les oppositions pointent une « branche morte car non financée », et déplorent l'absence d'une loi grand âge dédiée, comme promis un temps sous ce quinquennat.

Pour muscler ce volet, la ministre déléguée à l'Autonomie Brigitte Bourguignon a fait ajouter, par un vote unanime des députés, un élargissement des critères pour bénéficier du « congé proche aidant », afin de soutenir un proche âgé, malade ou handicapé. Et le congé sera indemnisé au Smic.

Les parlementaires se sont offert d'autres moments de concorde, comme sur l'extension aux femmes de 18 à 25 ans de la prise en charge intégrale de la contraception.

A ce projet de loi riche en mesures du quotidien, les députés ont ajouté un encadrement accru des centres de santé, notamment dentaires et ophtalmologiques, après des dérives allant de mauvais traitements jusqu'à des mutilations et abus financiers.

Et ils ont traduit l'annonce d'Emmanuel Macron fin septembre en faveur de la santé mentale : huit séances chez le psychologue pourront être prises en charge par l'Assurance maladie à partir de début 2022 pour les enfants de plus de trois ans et les adultes.

L'accès direct aux orthoptistes, qui pourront notamment prescrire des lunettes, sans consultation chez un ophtalmologue, a par contre fait débat. Cette disposition a été à l'origine d'une mobilisation des ophtalmos contre ce qu'ils voient comme une « dégradation de la qualité des soins » avec l'accès direct à ces professionnels paramédicaux.

Le gouvernement défend à l'inverse un meilleur accès aux soins visuels pour les Français, compte tenu de la pénurie d'ophtalmos. Le Sénat a fait voter quelques retouches pour mieux encadrer la mesure.

La Haute assemblée a surtout mis sur la table, sans trop d'espoir, un report progressif de l'âge légal de la retraite de 62 à 64 ans à compter de la génération 1966, jugeant qu'il y a urgence.

« Les conditions ne sont pas réunies » pour relancer le chantier de la réforme des retraites, a estimé début novembre le président de la République, qui l'a repoussé à 2022, autrement dit vraisemblablement à un autre quinquennat.

Avec AFP

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