I Want Your Sex : Olivia Wilde, Cooper Hoffman
Copyright Magnolia Pictures
Elliot a été embauché comme stagiaire dans une galerie d'art contemporain conçue à la gloire d'une seule artiste, Erika Tracy, sorte d'Andy Warhol du sexe. Il aimerait fêter cela avec sa copine Minerva, si celle-ci ne se dérobait systématiquement à lui. Dans cette Factory sous phéromones, il va nouer une relation avec sa directrice une relation tout autant contractualisée qu'interdite. Sera-t-elle au final toxique ou émancipatrice ?
Gregg Araki entamera-t-il avec I want your sex un come-back en forme de troisième vague ? C'est ce que l'on souhaite à ce cinéaste follement inventif et dont la carrière évoque une mue permanente, d'où émergent des fulgurances lancées à la face du monde en un jet si concentré qu'elles intiment une latence consécutive, une respiration. Après des débuts Totally fucked up, pour reprendre le titre de l'un des films du garçon, Araki entame un premier virage spectaculaire, accompagnant l'évolution du cinéma indépendant américain, dont il est l'un des représentants les plus emblématiques à cette époque, vers une apparence de normalisation, au sein de laquelle l'efficacité de la transmission du message compterait autant que sa forme. Moins fauchés, plus marquants, ses deux chefs-d'oeuvre sortent à quelques années d'intervalle et constituent encore aujourd'hui un sommet concernant les thèmes abordés, de par leur richesse autant que de par, rétrospectivement, leur aspect précurseur. Pour qui s'intéresse à la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, Mysterious Skin reste un immanquable, tant le parcours parallèle, mais fort différent, de deux jeunes victimes du même pédocriminel constitue une somme dans l'explicitation des conséquences du psychotraumatisme de cette nature.
I want you sex s'inscrirait plutôt dans les pas de Kaboom, sorti il y a seize ans, comédie ado déjantée qui explorait, bien avant l'heure de leur démocratisation, les mutations sexuelles d'une génération cherchant à concilier le champ de ses possibles. A une différence près, et c'est peut-être cela qu'il faudra surveiller : l'aspect précurseur de cette comédie BDSM dans le monde du travail, gentiment trash, n'est pas évident - mais n'est-ce pas son principe même que de ne pouvoir établir cela qu'a posteriori ? Il n'empêche : le film nous est apparu ultra-calibré, peut-être trop efficace, trop dans l'air du temps, avec même un soupçon de nostalgie en mode "c'était mieux avant". La satire n'en est pas inintéressante, servie par un duo exquis dans lequel Olivia Wilde fait preuve d'une audace jouissive et d'une énergie bluffante. Mais moins vénéneuse que Pillion, son pendant gay et british, auquel on pense beaucoup. Plus solaire, et dès lors laissant moins de sujets dans l'ombre.
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Ici, le jeune Elliot ne cherche pas tant à découvrir sa nature qu'à trouver un remède à la frustration sexuelle que lui impose Minerva, sa copine indifférente, que Charli XCX semble s'être amusée à rendre irritante. Sa boss cherche justement un esclave sexuel, jeu dans lequel il plonge dans un premier temps avec délice, puis que l'attachement et ses conséquences déstabilisantes vient troubler. C'est attendu, dans le fond comme dans la forme, un scénario en mode descente aux enfers un brin moralisatrice, même si la fin semble changer la donne. Mais une décadence qui ne nous fait jamais craindre pour son héros, victime à moitié consentante et prise à son propre piège. Nous sommes, comme dans Pillion, dans une oeuvre d'apprentissage. Et c'est vrai que c'est peut-être la première fois que Gregg Araki nous donne si explicitement une leçon. Peut-être juge-t-il que l'époque le mérite. Peut-être a-t-il raison. Il n'empêche: cette "première fois" dans son cinéma ajoute à la nostalgie que l'on ressent durant tout le film.