Adèle Gauthier : « Il est possible et sécurisé de faire entrer des chiens en réanimation pour apporter du soutien aux patients »

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Le travail de thèse d’Adèle Gauthier est à l’origine d’une étude menée actuellement au CHU de Clermont-Ferrand visant à évaluer la faisabilité de visites canines en service de réanimation. Les premières expérimentations se sont déroulées sans encombre, avec des retours unanimement positifs de la part des patients, proches et soignants. 

Adèle Gauthier : « Il est possible et sécurisé de faire entrer des chiens en réanimation pour apporter du soutien aux patients »

Adèle Gauthier, docteure junior en anesthésie-réanimation au CHU de Clermont © DR/Midjourney 

What’s up Doc : Comment est née l’idée de faire entrer des chiens en réanimation ?

Adèle Gauthier : Le projet existait avant ma thèse. Il remonte à environ quatre ans. On avait un patient hospitalisé depuis longtemps dans le service, avec une évolution très lente et un moral qui se dégradait progressivement. On s’est demandé ce qui pouvait lui apporter du réconfort.  En faisant des recherches, on a vu que les visites canines existaient déjà dans certains services conventionnels. On a donc essayé d’adapter cette pratique à la réanimation.
Ce patient n’avait pas lui-même de chien, on lui a donc fait rencontrer, à l’extérieur du service celui d’un soignant. L’expérience a été positive car il nous a confié, par la suite, qu’il aimerait avoir un chien s’il sortait de réanimation. Parallèlement, il arrivait que des patients demandaient à recevoir la visite de leur propre animal. Mais comme il n’existait pas de protocole à ce moment-là, ce n’était pas possible. C’est ainsi que le projet est né. 

 

Il existait donc déjà une littérature scientifique sur le sujet ?

AG. : Oui, et beaucoup plus importante que ce que j’imaginais. En revanche, elle concerne surtout les services conventionnels, très peu la réanimation.
On trouve par exemple des études en cardiologie montrant des bénéfices dans la réhabilitation de patients insuffisants cardiaques. En pédiatrie, des travaux évaluent l’apport du chien lors de soins douloureux. Il existe aussi plusieurs études sur le stress post-traumatique et les thérapies assistées par l’animal.
En gériatrie, des recherches ont montré des effets positifs du chien sur les scores de cognition. Et en neurologie, chez des patients en état de conscience minimale, des équipes ont observé un éveil plus important pendant les séances de thérapie assistée.

 

« On voulait d’abord prouver que des visites canines peuvent être mises en place sans danger avant d’envisager une étude d'efficacité plus ambitieuse »

 

 « PET in Intensive Care Unit » est une étude clinique de faisabilité. Pourquoi ne pas avoir directement cherché à mesurer l’efficacité ?

AG. : Parce que cela n’avait quasiment jamais été réalisé en réanimation en France. Avant de chercher à démontrer un bénéfice clinique, il fallait déjà montrer que c’était faisable et sécurisé. On voulait d’abord prouver que des visites canines pouvaient être mises en place sans danger avant d’envisager une étude comparative interventionnelle plus ambitieuse.

 

Avez-vous malgré tout observé des effets positifs ?

AG. : Pour l’instant, il est trop tôt pour conclure sur une efficacité, puisque ce n’est pas ce que l’on cherche à étudier. Nous avons simplement recueilli des données observationnelles à partir d’échelles de satisfaction remplies par les patients, les proches et les soignants ayant participé aux visites. Cinq visites ont été réalisées à ce jour, et dans les cinq cas, tous les participants se sont dits satisfaits. Mais on ne peut pas aller plus loin scientifiquement pour le moment.

 

Pourquoi avoir choisi uniquement les chiens et pas d’autres animaux domestiques, comme les chats ?

AG. : Parce que le chien nous semblait plus facile à encadrer. Il peut être tenu au harnais et il est généralement habitué à sortir et à évoluer dans des environnements variés. Un chat est souvent beaucoup plus apeuré hors de son environnement habituel. On imaginait difficilement faire entrer un chat en réanimation dans une caisse de transport. Et se limiter à un seul animal représente un cadre déjà important pour l’étude.

 

« Avant la visite, il y a plusieurs prérequis à respecter, pour le chien comme pour le patient »

 

Quels sont les critères à respecter avant une visite ?

AG. : Il y a plusieurs prérequis, pour le chien comme pour le patient. Pour l’animal, on vérifie notamment les vaccinations recommandées, le carnet de santé, le vermifuge – on peut d’ailleurs proposer un traitement si nécessaire – ainsi que l’absence de maladie transmissible connue. Le chien doit aussi être habitué au contact humain et sortir régulièrement de son domicile. On demande également qu’il soit lavé la veille et brossé le matin même.
Pour le patient – qui doit être majeur – certaines conditions le rendent inéligible aux visites : immunodépression, portage de bactéries multirésistantes, ou encore impossibilité de protéger correctement les dispositifs médicaux comme les cathéters ou les plaies.

 

Comment se déroule concrètement la venue du chien ?

AG. : En amont de la visite, une pancarte est placée sur la porte de la chambre afin d’éviter les interruptions. Un linge hospitalier est également envoyé au domicile pour que le chien puisse s’habituer à l’odeur de la réanimation.
Le jour de la visite, l’animal entre par un accès extérieur du service pour éviter de traverser l’hôpital. Avant l’entrée, un soignant vérifie son état général. Il entre ensuite dans la chambre accompagné d’un proche et d’un soignant, voire un éducateur canin. La durée maximale est fixée à quinze minutes afin de ne pas perturber les soins. Le contact physique avec le patient est autorisé, et le chien reste tenu en laisse pendant toute la visite.

 

« La présence des proches est bénéfique pour les patients à plusieurs niveaux, et le chien faisant souvent partie intégrante de la famille »

 

La visite peut-elle être annulée ou interrompue en cas de nécessité ?

AD. : Oui. Pour la sécurité du patient, il existe une part d’évaluation subjective côté soignant : si le chien paraît trop agité, aboie excessivement ou semble insuffisamment propre, la visite peut être annulée, généralement sur décision du médecin référent. 
Nos cinq visites se sont déroulées sans événement indésirable notable, comme un arrachage de cathéter ou de sonde. Les retours des équipes, des familles et des patients ont été très positifs.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/avc-autisme-sclerose-en-plaques-quand-le-cheval-se-fait-therapeute

Cette démarche traduit-elle une évolution plus large de la réanimation vers davantage de lien humain ?

AG. : Que ce type de démarches ait mis du temps à émerger, c’est compréhensible : la réanimation accueille des patients particulièrement fragiles dans un environnement où l’hygiène est primordiale. 
Mais il est vrai, que depuis plusieurs années, les services de réanimation évoluent dans cette direction, notamment avec l’élargissement des horaires de visite. On sait aujourd’hui que la présence des proches est bénéfique pour les patients, notamment sur le plan émotionnel, sur la motivation, mais aussi concernant les états confusionnels. Le chien faisant souvent partie intégrante de la famille, l’idée s’inscrit finalement dans cette même logique : apporter davantage de lien et d’humanité aux patients hospitalisés. 

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