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Gabrielle Conti, chirurgienne à l'AP-HP, semble trouver dans le rythme incessant de sa vie la clé de la maîtrise, et parfois de la satisfaction. Un nouvel amour va la conduire à regarder sa vie, et ses accomplissements, sous un autre angle.
Une chirurgienne en clair-obscur
S'il en était du cinéma comme il en est de la peinture, alors l'on pourrait presque apercevoir, tout au long de sa particulièrement gracieuse Vie d'une femme, Charline Bourgeois-Tacquet au travail, procédant par touches, certaines légères comme une esquisse, d'autres précises, en pointilliste, d'autres encore en traits ardents et fauves, toutes concourant au portrait de cette chirurgienne ORL interprétée par une Léa Drucker dont l'étendue de la palette de jeu ne cesse de croître. Des chapitres-tableaux savoureux et fort différents, un style polymorphe mais dont le socle commun est un rythme enlevé, en écho à cette vie qui se déroule justement, et dont on sent le risque que constituerait l'accélération autant que la pause.
« Une vie réglée sur du papier à musique et menée en cheffe d'orchestre »
Trouver la bonne vitesse, et le bon enchaînement : tel semble être le souci majeur de Charline Bourgeois-Tacquet et de son personnage, Gabrielle Conti, maîtresse-femme constamment au four et au moulin, tout à la fois ange de compréhension et trésor de résolutions pour ses subordonnés, mentor ferme et exigeant pour ses internes, pilier pour sa famille, herbe folle pour sa vieille mère sur le déclin, Robocop pour son compagnon... Une vie réglée sur du papier à musique et menée en cheffe d'orchestre. Une vie-armure que vient fendre la jeune écrivaine venue s'inspirer d'elle pour son roman. La révélant à elle-même, et au vertige. S'ensuit un cumul de dérèglements, appréhendés au départ avec un lâcher-prise bienvenu et bienfaiteur, jusqu'aux abandons successifs et aux douleurs finales.
La vie d'une femme, roman d'apprentissage tardif, se clôt sur une question intéressante : à l'issue de ces épreuves et de ces bouleversements, Gabrielle a-t-elle tant changé que cela ? Qu'a-t-elle compris ? Elle qui reconstruit, plus que les faces, les identités, s'est-elle, terme à la mode, tant déconstruite ? C'est en suspens, et au milieu de ce processus (avec l’évolution en miroir d’une Mélanie Thierry qui passe de la fragilité à une étonnante froideur) que nous laisse ce film régulièrement en apesanteur, qui nous transporte presque fortuitement au sommet d'une montagne ou d'une figure de danse. Qui nous émeut aussi, tant cette vaillante consœur nous a rappelé des figures croisées dans certains services, ou sur les bancs de la fac. Là est peut-être aussi la limite de ce joli film : sans identification minimale, cette femme qui occupe tant d'espace, au risque de laisser peu de place à ceux qui l'entourent et la soutiennent, cette femme d'un certain milieu et d'un certain pouvoir, suscitera-t-elle, si ce n'est empathie, du moins intérêt ?