Le tiers-payant à la Réunion : le casse-tête des mutuelles

4000 euros : c'est la somme d'arriérés que la secrétaire du Dr Laurent Cruanes, médecin généraliste à la Réunion, a récupérée auprès d'une mutuelle lorsqu'elle a été embauchée en 2011. « Je suis sûr que le volume de fonds perdus entre mon installation en 2006 et l'embauche de ma secrétaire est beaucoup plus important », estime le jeune médecin. En effet, les mutuelles de l'île -une vingtaine- ont chacune leur fonctionnement propre et toutes n'informent pas des changements dans les droits de leurs (ex-)assurés. « Le patient lui-même n'est pas toujours au courant d'une rupture de droits par exemple : dans ce cas, c'est  souvent le médecin qui prend en charge les frais... », précise le Dr Cruanes. En outre, les deux grands systèmes de télétransmission (concentrateurs) utilisés à la Réunion ne sont pas affiliés avec l'intégralité des mutuelles. A charge alors, pour le patient utilisant une mutuelle hors du dispositif du praticien de se faire rembourser la somme de la complémentaire. « Pour ma part, cela se passe plutôt bien depuis j'ai formé ma secrétaire à ces tâches, d'ailleurs si techniques qu'il y a plusieurs choses que je ne comprends plus », précise le médecin.

Présidente de la Confédération syndicale des médicaux français (CSMF) à la Réunion, Christine Kowalsczyk, constate que « sans une scrupuleuse vérification du remboursement des mutuelles, [elle] perd 10 % de [son] chiffre d'affaires mensuel ; en revanche, aucune grande difficulté n'est imputable au régime général. » A tel point que si un patient diabétique consulte pour un rhume, le médecin peut être tenté de cocher la case « affection de longue durée (ALD)», afin que les frais soient totalement pris en charge par la Sécurité sociale.

« Cependant, à la Réunion où les médecins touchent une majoration spécifique aux DOM, quelque 80 %  de la profession installée en libéral dispose d'un secrétariat. La question des revenus n'est donc pas aussi cruciale qu'en Métropole », reconnaît le Dr Kowalsczyk. Si le CSMF de la Réunion pourrait appeler à d'autres actions en plus de la grève des télé-services en fonction des propositions de Marisol Touraine, c'est essentiellement à cause de la déconsidération de la profession libérale par rapport à l’hôpital. Non syndiqué, le Dr Cruanes témoigne, lui, de l'épuisement de ses confrères « vis à vis de charges administratives et de contraintes de plus en plus lourdes, sans que le paiement à l'acte n'augmente (bien au contraire), le tout au détriment de la qualité de la relation avec le patient. » A suivre...

 

Source: 

Marie Barral

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