© Midjourney x What's up Doc
Quinze ans après les premières alertes, le constat reste largement inchangé. Dans un rapport d'information consacré aux conditions de travail des étudiants en médecine, les députés Louis Boyard (LFI) et Liliana Tanguy (EPR) dressent un bilan sévère des politiques engagées pour améliorer le quotidien des externes et des internes.
Élaboré à partir d'une trentaine d'auditions et de tables rondes, ainsi que de contributions de 17 CHU, le texte déposé le 13 octobre, concerne une population d'environ 30 000 externes et 43 000 internes et docteurs juniors.
Malgré les réformes, les plans gouvernementaux et les rappels à la réglementation, les difficultés persistent. Dans de nombreux CHU, les internes continuent de dépasser la limite réglementaire de 48 heures hebdomadaires, avec une rémunération parfois inférieure au Smic horaire une fois rapportée au temps réellement travaillé.
Horaires excessifs et santé mentale en berne
Une enquête menée auprès de 260 internes de la subdivision de Tours durant l'hiver 2025-2026 montre notamment que près de 68 % des répondants dépassaient les 48 heures hebdomadaires et près de 18 % les 60 heures.
À cette surcharge s'ajoutent les situations de maltraitance, les violences sexistes et sexuelles et les risques psychosociaux. Le rapport pointe notamment la persistance des humiliations, du harcèlement et de comportements agressifs dans certains services, tout comme le manque de formation des encadrants au management et à pédagogie.
Les rapporteurs soulignent également les difficultés rencontrées par les étudiants pour dénoncer ces situations. La dépendance à leur hiérarchie, notamment pour la validation des stages et la poursuite de leur carrière, peut les dissuader de signaler des faits de violence ou de harcèlement. Les procédures, parfois longues, constituent un obstacle supplémentaire, particulièrement dans les petites spécialités « où il peut parfois n’y avoir qu’un seul enseignant et donc peu d’échappatoires ».
Selon le baromètre de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), publié en mai 2026 et cité dans le rapport, 52 % des étudiants interrogés présentaient un état anxieux et 13 % un état dépressif.
Badgeuses, rémunération et sanctions : 25 recommandations
Pour les deux députés, les mesures prises jusqu'ici n'ont pas suffisamment traité les causes structurelles du mal-être, notamment l'organisation des services hospitaliers et les pratiques managériales.
Ils proposent notamment de généraliser des dispositifs fiables de mesure du temps de travail, comme les badgeuses, et de garantir aux internes une rémunération au moins équivalente au Smic horaire, calculée sur leurs heures réellement effectuées.
Les rapporteurs préconisent également de renforcer l'évaluation des terrains de stage, de mieux encadrer les responsabilités confiées aux étudiants et de faciliter les sanctions disciplinaires contre les praticiens hospitaliers.
Concernant les violences sexistes et sexuelles, ils demandent des mesures de protection immédiate pour les étudiants déposant plainte, des dispositifs de signalement indépendants et la publication annuelle de bilans anonymisés des signalements.
Enfin, le rapport recommande d'améliorer la rémunération des externes, l'accès au logement et aux repas à tarif étudiant.
Au-delà de ces propositions, les rapporteurs appellent surtout à modifier l'organisation des services hospitaliers, estimant que les dispositifs de prévention individuelle ne suffiront pas à améliorer durablement les conditions de travail des futurs médecins.
A voir aussi
4e année de médecine générale : le syndicat Jeunes Médecins attaque la réforme en justice