© Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
Défait de peu à la bataille de Montcornet en mai 1940, en raison du retrait rapide des troupes françaises alentour, et alors qu'il possédait une supériorité tactique et psychologique, le colonel De Gaulle, promu général, développe rapidement une conviction qui ne le quittera plus: ce n'est pas l'objectivité de l'évidence qui fonde une défaite, mais le sentiment d'être vaincu. Cette croyance va se muer en obsession: représenter la France légitime, celle qui n'a pas capitulé, qui n'a pas trahi l'intérêt du pays en se livrant à l'ennemi. De l'appel du 18 juin à la Libération de Paris, voici l'histoire d'une force centrifuge qui a permis à la France de ne pas disparaître.
Le souffle d’une épopée politique
Le plus important, d'abord : la Bataille De Gaulle est un film dont on n'espérait pas qu'il soit si ample, si réussi, si polymorphe, à la fois complexe dans la chronicisation de cette épopée et limpide dans la capacité à en extraire les enjeux et à les retranscrire par la puissance du cinéma, façon ligne claire. Antonin Baudry a su transmettre à ses acteurs le souffle de leurs personnages, qu'ils interprètent pour la plupart avec une force impressionnante, pour certains avec un magnétisme qu'on ne leur avait jamais vu - l'on pense à Niels Schneider qui prête à son général Leclerc une élégance et une déraison presque punk. Cela aura été écrit par de nombreux critiques et constaté par d'encore - et toujours - plus nombreux spectateurs : il s'agit d'un film où l'on ne s'ennuie jamais, pas uniquement parce que la tranche d'Histoire qu'il retranscrit est passionnante, mais parce que, pour grande partie, on la découvre. C'est ce parti pris qui passionne : Baudry ausculte, dissèque une pensée en mouvement, une obsession qui, par un concours de multiples circonstances rendant le fait exceptionnel, démentira la réalité pour en imposer une autre, durable et féconde. Fondamentale.
S'il y a un mystère De Gaulle, ce n'est pas tant au niveau de son caractère, d'une obstination notoire, que du fait que son étendue et son expression, tout du long de cette Seconde Guerre, aient été jusqu'alors si peu montrés. Rendre cette figure, par certains aspects intouchable, particulièrement humaine n'est qu'un ingrédient partiel de la réussite du film. Campé de façon savoureuse par un Simon Abkarian rendant aussi bien compte de sa rigidité que de ses fêlures, de son inadaptation que de son génie d'analyse, De Gaulle est « devenu » ce général illustre de par des circonstances particulièrement fouillées que le réalisateur, spécialiste des arcanes de la politique, explicite avec aisance.
Et c'est là que, selon nous, le mystère persiste. Dans un temps long en termes de souffrances endurées - souffrances dont l'étendue chez les civils est inhabituellement peu montrée, tout comme d'ailleurs l'ennemi allemand est quasi-invisible - mais effréné sur les plans politique et militaire, il demeure difficilement imaginable de concevoir le succès de ce projet de France libre, qui dépassait largement les contingences immédiates. Ou plutôt, un seul facteur était nécessaire, bien qu'insuffisant.
Quand l’inadaptation devient une force
Ce facteur psychologique individuel, puisqu'il s'agit bien de cela, a nécessité l'entraînement et la conjonction de plusieurs autres, dans une mécanique qui donne le vertige. Un « trait », alliance de force morale et de fixité neurofonctionnelle, qui aurait vite fait de trouver sa place dans une classification du DSM ou un cours magistral de psychopathologie. Le film est riche de cela, en ce qu'il illustre à quel point le concept de trouble de la personnalité ne résiste que très partiellement à l'épreuve de sa description. C'est bien plus la réalité, voire la rigidité, d'un environnement que celle d'un tempérament, qui au final explique le trouble. Car, en période bouleversée, ce qui semblait au départ condamné à la dysfonctionnalité ou à la morbidité peut changer la donne. Dans des circonstances exceptionnelles, c'est souvent, et parfois seulement, l'exception qui permet de s'adapter.