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Pour la toute première fois, 15 résidents des EHPAD Péan, l’Orée du Bois et Furtado Heine à Paris sont montés sur scène le 25 septembre dernier. Accompagnés de soignants, ils ont participé au spectacle chorégraphique Miroir Miroir créé par Cécile Combaret et Tarek Aït Meddour.
Cette pièce inclusive vise à changer le regard que porte la société sur le grand âge. Pendant plusieurs mois, l’EHPAD Péan est devenu le lieu de répétition du spectacle. Le Dr Catherine Bayle, médecin gériatre au sein de l’établissement, a participé à l’organisation du projet et à l’accompagnement des personnes âgées.
What’s Up Doc : Comment l’idée de ce spectacle a émergé au sein de l’établissement où vous exercez ?
Dr Catherine Bayle : C’est ma directrice, qui fait partie du groupe associatif Accueil et Confort pour Personnes Âgées (ACPPA), qui a évoqué le projet. Elle a assisté à la première représentation du spectacle à Lyon. Elle l’a trouvé génial. On en a parlé ensemble en CODIR, parce que ce n’est pas une décision qu’elle prend seule et, bien sûr, on l’a validé. Avec le reste de l’équipe de soignants, nous avons pris le temps de sélectionner les résidents qui avaient les capacités physiques et psychiques de suivre les répétitions de danse.

Qu’est-ce que cette initiative apporte aux résidents ?
CB : Le projet a créé une dynamique au sein de l’EHPAD. Cela permet aux résidents de travailler la mobilité, de les mettre en mouvement, de travailler la mémoire avec la musique, surtout pour ceux qui ont des troubles cognitifs. Grâce au travail de groupe, ils répètent aussi les gestes de la chorégraphie par mimétisme. C’est le principe des interventions non médicamenteuses (INM) : mettre en place des activités autour de trois axes, cognitif, corporel et artistique.
À l’inverse, qu’est-ce que cela vous apporte à vous en tant que médecin ?
CB : Je trouve que ce projet est un excellent antidépresseur. Il aide à limiter le repli sur soi de certaines personnes âgées. Avec mes collègues, on les pousse à participer, mais ils viennent ensuite avec envie. Et puis il y a toutes les personnes autour, qui participaient aux répétitions sans pour autant faire partie du spectacle, et qui sont tout de même restées. Il y a eu un vrai mouvement au sein de l’établissement et cela a vraiment apporté une bulle d’oxygène. Cela a ouvert l’EHPAD sur l’extérieur, avec la venue de danseurs professionnels, la diffusion de musique… Ça perturbe tout de même beaucoup l’environnement parce qu’on change les lieux de repas, mais c’est un projet très positif parce qu’on apporte justement du mouvement dans tous les sens du terme. Les soignants qui ont participé au projet étaient aussi très contents, car ils ont été mis en valeur.
« Le projet a mis en route une dynamique au sein de l’EHPAD »
En quoi la pièce permet de porter un autre regard sur le sujet du vieillissement ?
CB : Quand on parle de l’EHPAD, on en parle souvent de façon négative dans les médias. La pièce met vraiment en avant les personnes âgées et je trouve que c’est bien de parler d’elles de façon positive et de montrer qu’elles sont encore capables de faire quelque chose, même si cela s’adresse bien sûr aux résidents qui ont encore les capacités nécessaires. Je pense qu’il faut réaliser davantage d’actions similaires.

Et ce n’est pas le premier projet culturel auquel vous avez participé… ?
CB : J’ai en effet participé à une série documentaire qui s’appelle Une vie d’écart. Une classe d’école maternelle a passé de nombreux après-midi à l’EHPAD pour partager des moments intergénérationnels avec des résidents qui avaient été identifiés en amont. En tant que gériatre, j’ai commenté et participé au documentaire. C’était assez magique de voir des personnes très repliées sur elles-mêmes retrouver leur cœur d’enfant avec les petits. Ce genre de projet représente un gros investissements pour moi, mais cela permet aux personnes de se sentir vivantes et c’est ça qui compte. Après, moi, je suis surtout là pour valider le projet, voir s’il peut correspondre à la personne en fonction de ses pathologies.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/grand-age-un-rapport-preconise-plus-de-lits-polyvalents-et-mise-sur-la-geriatrie
Pourquoi le domaine de la gériatrie vous passionne-t-il autant ?
CB : C’est une discipline qui est vraiment intéressante, parce qu’elle est complète. On ne considère pas la personne sous le seul angle médical. Les dimensions sociale et psychologique sont très importantes aussi dans cette spécialité. Cela entraîne une prise en charge pluridisciplinaire. Le médecin gériatre est un peu un « chef d’orchestre », au sein d’une équipe composée de différents professionnels.