© Midjourney x What's up Doc
Le Pr Jonathan Heeney, qui a dirigé ces recherches, compare cette nouvelle technique à un « passe-partout » qui ouvrirait toutes les portes d'un immeuble.
Le principal problème des vaccins classiques, explique-t-il dans un entretien à l'AFP, est que la souche vaccinale avec laquelle quelqu'un est immunisé peut très bien ne pas être celle à laquelle il sera exposé six mois plus tard. Les vaccins « courent donc toujours après le virus », dit-il.
Avec la technique développée à Cambridge, « nous éliminons cette variabilité en fabriquant quelque chose qui, de manière générale, est reconnaissable par votre système immunitaire et devrait vous protéger dans tous les cas de figure... un véritable changement de paradigme », selon lui.
Ce professeur canadien, qui dirige le laboratoire de zoonoses virales du département de médecine vétérinaire de Cambridge, s'est lancé dans ce projet après l'épidémie d'Ebola de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest, où il se trouvait alors.
Viser plus large
À l'époque, le virus Ebola avait déjà été observé en République démocratique du Congo, où il avait d'abord été pris pour la fièvre de Lassa, une gastro-entérite ou le choléra, raconte-t-il.
Pendant les trois-quatre mois qu'il a fallu pour déterminer sa nature avant de pouvoir s'attaquer à la recherche d'un vaccin, le virus « a gagné la Guinée, le Sierra Leone puis le Libéria, soit trois pays différents en peu de temps », dit le chercheur.
« Le cheval était sorti de l'écurie, l'incendie faisait rage », dit-il. Au total, cette épidémie a fait en deux ans plus de 11 300 morts en Afrique de l'Ouest, selon l'OMS.
Jonathan Heeney est revenu à Cambridge convaincu qu'il fallait « changer la façon dont on travaille, ça ne peut pas recommencer ».
A l'aide des premiers outils d'IA alors disponibles, son équipe a rassemblé toutes les informations disponibles sur divers virus dans l'ordinateur. Ils ont ainsi pu identifier aussi bien « les similarités que les différences dans les parties importantes du virus auxquelles le système immunitaire réagit », permettant de reconnaître tous ses variants au lieu d'un seul.
Cette nouvelle technique est d'autant plus prometteuse que la fréquence d'apparition des virus a augmenté, à la faveur de la croissance démographique, de la hausse des déplacements transfrontaliers et d'un empiètement humain croissant sur les habitats des animaux, explique Jonathan Heeney.
Du coup, des virus qui existaient auparavant sans présenter de menace pour des animaux ayant développé une immunité se retrouvent soudainement en contact avec l'espèce humaine, et là, « waouh, il n'y a aucune immunité, aucune défense naturelle... et le virus devient fou », dit-il.
Nouvelle ère ?
Un essai impliquant 39 volontaires entre décembre 2021 et décembre 2023, financé par l'hôpital universitaire de Southampton, a montré que le vaccin Sarbeco contre les coronavirus, élaboré par les chercheurs de Cambridge avec l'entreprise de biotechnologie DIOSynVax, était sans risque, selon un article publié ce mois-ci dans le journal de la British Infection Association. Il doit maintenant être testé sur une population plus large.
Les épidémies ont toujours existé, de la peste noire du Moyen-Âge jusqu'à la pandémie de grippe de 1918-1920, qui a tué entre 25 et 50 millions de personnes dans le monde, rappelle Jonathan Heeney.
Sa principale inquiétude est une possible nouvelle flambée de grippe, un virus particulièrement « compliqué ». Mais il espère que cette nouvelle technologie permettra de prévenir une autre pandémie meurtrière.
« On est arrivé maintenant à un niveau supérieur d'IA, et nous avons une équipe qui utilise les dernières techniques (...) pour bâtir une plateforme vraiment puissante afin que nous puissions travailler encore plus vite avec davantage de données », dit-il.
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« J'espère que c'est le début d'une nouvelle ère dans la fabrication des vaccins », dit-il. « Il s'agit pour moi de prouver au monde que cette technologie est sûre, plus efficace, et qu'on peut l'adopter (...) Avec un peu de chance, elle peut changer l'avenir », a-t-il conclu.
Avec AFP