« Le projet de loi transpartisane de Guillaume Garot montre une vraie méconnaissance, on ne va pas mettre un médecin là où il n’y a rien »

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Elise Fraih la présidente de ReAGJIR, a des choses à dire sur le projet de loi transpartisane porté par le député Guillaume Garot, qui propose des solutions toutes plus ou moins coercitives pour lutter contre les déserts médicaux. Soyons clairs, pour elle, il fait fausse route. Elle le dit avec le sourire, mais fermement !

« Le projet de loi transpartisane de Guillaume Garot montre une vraie méconnaissance, on ne va pas mettre un médecin là où il n’y a rien »

Elise Fraih, présidente de ReAGJIR. 

© DR.

What’s up Doc : Vous teniez à réagir (c’est le cas de le dire) à la proposition de loi du député Guillaume Garot qui propose une loi transpartisane pour tenter d’éradiquer les déserts médicaux ?

Elise Fraih : Nous faisons partie des syndicats, qu’il a auditionnés pour construire son projet de loi. Enfin, auditionné est un bien grand mot, il nous a demandé de résumer nos propositions en 6 minutes, et c’était tout. On était convoqués à l’Assemblée, chaque syndicat devait lister ses propositions d’accès au soin, 6 minutes chacun. Donc on a tous parlé les uns après les autres, et c’était fini ! Voilà, la façon de monsieur le député Garot de concerter les médecins !

Vous êtes contre l’obligation de remplacer un médecin qui part à la retraite sauf en zone sous-dense ?

EF. C’est sous doté dans 86% du territoire, donc qu’il nous oblige à aller en zone sous doté ça ne va peut-être pas tellement changer la donne. La dernière donnée de la Drees indique que les médecins généralistes restent les professionnels de santé les mieux répartis sur le territoire, même comparés aux infirmiers ou aux kinés, alors qu’eux sont sous contrainte. Mais ce qui est aberrant et montre une grande méconnaissance de comment se déroule une passation, c’est de n’autoriser l’installation que lorsqu’un médecin part à la retraite. C’est parfaitement stupide. Un médecin qui part à la retraite ne part pas du jour au lendemain. Il prend d’abord un collaborateur pour s’alléger, ensuite le collaborateur reprend le cabinet avec peut être quelqu’un d’autre. Interdire l’accès à un cabinet tant que le médecin âgé n’est pas parti, ça empêche juste toute passation.

Il parle aussi d’une année supplémentaire d’étude pour les médecins généralistes, mais ça c’est déjà dans le PLFSS ?

EF. Je ne sais pas si lui ne veut pas combiner les deux. Peut-être que, dans sa tête, il pense à la quatrième année d’internat en médecine générale. Ça n’est clair pour personne. Bien sûr les projets de loi sont flous. Ce sont des petits paragraphes et on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Donc c’est la porte ouverte à n’importe quoi. Tout dépend du moment où vous faites ces stages en zone sous dotée. Si vous les faites, en niveau 1 ou 2 quand vous êtes encadrés, avec un maitre de stage, que vous avez des solutions de transport et d’hébergement sur place. C’est très bien pour apprendre l’exercice. C’est même l’un des moteurs pour y favoriser l’installation. Là où on craint une dérive, c’est faire faire cette quatrième année, sans supervision, et d’assurer, sans senior à proximité ou sans vraiment d’encadrement, des consultations complexes de gens qui n’ont pas vu de médecin.

Et quelles autres solutions lui avez-vous présentées contre les déserts médicaux ?

EF. Les constats, il semblait les connaitre et les dégager, même s’il ne semble pas se rendre compte du manque de médecins. Donc on lui a rappelé, que c’était ça la cause de la désertification médicale.
Pour nous la coercition ne fonctionne pas, on l’a vu dans d’autres pays. Elle est souvent brandie comme un argument, mais quand on regarde les données qui nous viennent, par exemple du Canada, ça n’a pas résolu l’accès au soin dans les territoires. Il y a toujours autant de déserts, et surtout ça a diminué l’attrait de la spécialité. Maintenant, ils font face à un manque persistant de généralistes parce que personne ne veut aller dans cette spécialité-là. C’est ce qu’on craint chez nous, c’est l’erreur à ne pas faire. Il ne faut pas contraindre, sinon la spécialité qu’on a mis longtemps à rendre attractive ne va plus l’être. Il y aura moins de jeunes pour s’engager dans la médecine générale. Pour nous, pour attirer les généralistes dans les territoires, il faut dé-désertifier les territoires tout courts : mettre des écoles, des crèches, des services publics, des supermarchés. On ne va pas mettre un médecin là où il n’y a rien. Là où il n’y a pas de soutien pour sa famille ou d’emploi pour son conjoint.
 

Mais introduire des services publics, de l’activité dans les zones sous denses, ce n’est pas possible dans les 6 mois ?

EF. Les parlementaires refusent d’assumer leur pure responsabilité. Les politiques ont déserté depuis 20 ans la formation médicale, ils ont économisé sur tous les plans. Là, ils se rendent compte qu’on n’est pas assez, ils disent c’est la faute de ces jeunes qui ne veulent pas s’installer et qui ne veulent rien faire. Ce n’est pas possible de choisir des boucs émissaires comme ça.
Nous, on veut réfléchir à des solutions territoriales. Ça ne peut pas marcher en 6 mois, mais il y a des exemples qui ont marché. Par exemple, Présence médicale 64, une structure qui a mis en relation tous les acteurs du territoire, et à l’échelle d’un département a regardé zone par zone ce qui manquait et comment trouver des solutions, des projets de santé. Ils posent un vrai diagnostic territorial.
Là, Guillaume Garot veut contraindre, en prétendant qu’il y a une solution immédiate, mais il refuse de faire ce diagnostic territorial, alors qu’on a les expertises pour le faire. On a des exemples de choses qui marchent. Il serait temps d’avoir des politiques qui acceptent de faire une analyse rétrospective, de ce qui a vraiment dysfonctionné, qui acceptent de faire des plans, pas en criant haro sur le médecin, mais en se demandant comment on résout pour chaque territoire son problème. Et comment on construit des initiatives attractives avec tous les acteurs, les jeunes médecins, ceux qui seront retraités dans 5 ans.

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ReAGJIR n’a pas appelé à la grève des cabinets libéraux des 1er et 2 décembre dernier pourquoi ?

EF. C’était une initiative de Médecins pour demain. La consultation à 50€ n’est ni dans les valeurs ni dans l’ADN de notre syndicat. C’est une mesure qu’on ne portera pas. On va demander aux négociations conventionnelles une revalorisation de la consultation basée sur l’inflation, une Rosp plus raisonnable et un forfait structure avec des critères plus justes et plus concrets. On va aussi demander une reconnaissance de consult complexe. Mais c’est hors de question pour nous la consult de médecin gé à 50€ pour de simples questions d’accès au soin. Avec l’inflation déjà, les patients ont du mal à joindre les deux bouts. C’est la porte ouverte pour confirmer tous ce que des gens comme le député Garot aiment dire. Que les médecins sont corporatistes, gâtés, toujours désireux de tirer la couverture à eux… alors que ce n’est pas ça. Pour nous le problème ce n’est pas l’argent. Le problème c’est de dés-administrer nos consultations pour faire plus de soins ou poser des diagnostics territoriaux pour améliorer les choses. On comprend que Médecins pour demain traduise le burn-out et le désespoir de nos confrères. On respecte profondément ces confrères et on est attentif à tout ce qu’on peut faire pour améliorer leur quotidien pour qu’ils aient envie de continuer d’exercer, mais ce ne sera pas pour nous avec une consultation à 50€.

 

 

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