Benjamin Merlot, gynéco… mais surtout chirurgien

Spécialisé dans la chirurgie de l’endométriose, Benjamin Merlot, niché au cœur du centre spécialisé de la clinique Tivoli-Ducos à Bordeaux, effectue chaque année une centaine d’opérations de haut niveau. Une activité intense, enrichie par sa soif d’innovations, qu’il a accepté de nous présenter.   

Les yeux braqués sur ses deux écrans chirurgicaux, Benjamin Merlot, chirurgien-gynécologue aux lunettes 3D greffées sur le nez, opère sa seconde patiente de la journée. Comme celle qui fût allongée avant elle sur la table d’opération du Centre d’Endométriose de la Clinique Tivoli-Ducos à Bordeaux, la trentenaire souffre depuis longtemps de cette maladie qui touche une à deux femmes sur dix. « All apologies » de Nirvana en fond, un bip-bip régulier résonne dans la salle à chaque fois que le chirurgien spécialiste de cette pathologie brûle les tissus envahisseurs. « J’ai besoin de matériel un peu spécifique. Ça, c’est une pince avec ultrasons », précise celui qui vient d’ailleurs d’endommager l’un de ses précieux outils. « On va y aller gentiment, c’est tout collé. »

« En moyenne, nous faisons 400 opérations compliquées par an »

Chaque année, elles sont plusieurs milliers à pousser la porte du plus gros centre français spécialisé en endométriose. « Avec mes deux autres confrères, nous faisons 5 000 consultations par an », atteste Benjamin Merlot, qui souligne que les patientes viennent des quatre coins de la France. Douleurs chroniques invalidantes, dyspareunie profonde, problème de fertilité ou au contraire absence de souhait de grossesse… Les profils des patientes sont variés. En conséquence, celui des professionnels de santé présents dans le centre aussi. « On a un médecin de la douleur, deux psychologues, un consultant qui fait de la fertilité, trois urologues… En tout, on est une bonne vingtaine ! », détaille le quadragénaire.

Une prise en charge complète qui se cristallise autour du millier d’opérations chirurgicales de l’endométriose effectuées par an dans ce « Center of Excellence » selon la Surgical Review Corporation (SRC). « En moyenne, nous faisons 400 opérations compliquées par an », précise Benjamin Merlot. Un ratio faible par rapport à celui des consultations qui contraint le centre à faire un premier « tri ».  « L’orientation n’est pas encore très bonne, explique le chirurgien-gynécologue. Pour les consultations, on essaye de rappeler que nous sommes spécialisés dans les chirurgies compliquées car il y a des endométrioses qui peuvent être traités par des chirurgiens qui y sont moins habitués. »

« Je pense qu’il est difficile de faire un accouchement le matin, une endométriose sévère l’après-midi et une promontofixation le soir »

Calotte chirurgicale aux mille couleurs sur la tête, Benjamin Merlot, en pleine hystérectomie, craint, un instant, que le colon de sa patiente n’ait été victime d’une infiltration. « On parle de chirurgie compliquée car nous avons régulièrement des atteintes du colon ou de la vessie », explique-t-il. Un travail d’orfèvre qui amène son lot de surprises. « Pour les éviter, on met beaucoup de verrous. Mais sur ce type de chirurgie, l’IRM ne permet pas d’enlever toutes les zones d’ombre. » Une œuvre parfois compliquée par celle de ses prédécesseurs moins bien formés. « Comme nous sommes un centre de recours, la moitié de nos patientes ont déjà été opérées une première fois. Ça amène d’autres difficultés chirurgicales car ça colle un peu plus », poursuit le spécialiste, convaincu que l’endométriose sévère doit être traitée par des experts. « Je pense qu’il est difficile de faire un accouchement le matin, une endométriose sévère l’après-midi et une promontofixation le soir », détaille celui qui, la veille, a multiplié par cinq le temps qu’il met habituellement pour une ablation de la trompe. « C'est ça l'endométriose. On peut avoir quelques surprises. », commente-t-il.

« Beaucoup pensent encore que nous ne sommes pas de vrais chirurgiens »

En 2021, la gynécologie obstétrique, dans laquelle se fond encore sa facette chirurgicale, se classait 23e sur 44 dans notre classement sur les spécialités. Une place honorable qui n’empêche pas les clichés de perdurer sur les gynécologues qui décident de se spécialiser en chirurgie. « Beaucoup pensent encore que nous ne sommes pas de vrais chirurgiens », témoigne Benjamin Merlot, qui s’est pourtant très vite passionné pour cette spécialité. Un choix effectué après s’être intéressé un temps à la chirurgie orthopédique ou encore digestive. « Finalement, c’est vers la gynécologie que je me suis tourné car on y voit beaucoup de patientes jeunes et en bonne santé. Je trouvais ça sympa », confie celui qui a notamment été séduit par la balance médico-chirurgicale de l’activité.

Cette décision audacieuse l'a pourtant contraint à redoubler d’efforts. « Quand tu es formé, tu fais forcément de l’obstétrique. Par rapport à quelqu’un qui fait un internat chirurgical, il y a un petit décalage simplement car tu passes moins de temps au bloc... », atteste-t-il. Un combat quotidien qu’il a formalisé notamment en participant au concours de médaille d’Or dans un centre anti-cancéreux. « À la base, j’avais plutôt un profil cancéro. Mais comme ces pathologies sont déjà bien prises en charge en France avec des protocoles très établis, je me suis senti plus utile dans le domaine de l’endométriose », détaille-t-il. Un choix qu’il ne regrette pas aujourd’hui. « Si on m’avait dit qu’un jour j’allais procéder à des interventions compliquées tous les jours, j’aurais dit oui tout de suite », s’amuse ce passionné.

« Si tu veux bien prendre en charge les malades, tu ne peux pas juste opérer »

Arrivé dans le service de gynécologie de la clinique Tivoli-Ducos il y a quatre ans, ce Lillois d’origine est pourtant rapidement débordé. Une activité intense qui l'a poussé, avec son confrère le Pr Horace Roman, à fonder ce centre dédié. Un lieu que les deux hommes rêvent désormais fertile pour améliorer la prise en charge globale des patientes. « Si tu veux bien prendre en charge les malades, tu ne peux pas juste opérer. L’idée de monter un centre avait également pour objectif d’améliorer l’accompagnement global des patientes. », assure le chirurgien. Une conviction qui a conduit l’équipe du Centre d’Endométriose vers la recherche. « Les chirurgiens sont très moteurs dans les projets », témoigne Zoé Husson, l’une des trois attachées de recherche de la structure. Pour preuve, elle en veut notamment au protocole de recherche soutenu par Benjamin Merlot cherchant à démontrer que la réalité virtuelle est capable d’apaiser la souffrance des patientes. « Je suis le promoteur de l’étude », confirme le praticien, avant de souligner que la première étude a recensé 70 % de « bons résultats ». « En phase d’analyse, nous avons vu que les patientes avaient une sensation d’apaisement », atteste l’ARC.

Une volonté constante de renouvellement qui commence pourtant à se heurter aux murs de l’établissement. « On commence à être un peu serré. La clinique est donc en train de nous construire un local de 200 m2 », confie Benjamin Merlot, sa voix se mêlant au bruit des travaux. Au programme notamment ? Deux blocs pour absorber le flux quotidien de patientes. « Ils auront un niveau technologique sympa car nous faisons beaucoup de vidéotransmission durant les congrès, s’enthousiasme le chirurgien. Et pour l’enseignement, nous aurons aussi un couloir entre les deux blocs où les personnes pourront regarder nos opérations ». Depuis sa création, le centre bordelais a formé cent-quinze confrères. Une force vive utile compte tenu des besoins croissants des patientes. « Comme les femmes ont des enfants plus tard, elles ont plus souvent leurs règles et souffrent donc plus de cette maladie », résume rapidement le chirurgien, dans les escaliers menant à sa salle de consultation. En attendant que de plus nombreux chirurgiens soient formés à la prise en charge de l’endométriose sévère, les faireparts de naissance s’accumulent d’ailleurs sur le mur de cette dernière. « Il va nous en falloir un plus grand », s’amuse Benjamin Merlot.


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