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Dans la bataille que se livrent les territoires pour attirer des généralistes, Montmorillon a sorti le chéquier. La commune de la Vienne a signé en octobre 2025 une convention avec un jeune médecin fraîchement thésé : 25 000 euros d’aide à l’installation et un an de loyer gratuit. En échange, le praticien s’engage à exercer pendant cinq ans au cabinet médical du Terrier-Blanc, à raison de quatre jours par semaine, rapporte La Nouvelle République.
Et la commune ne s’est pas arrêtée là. Elle avait acquis début 2025 le cabinet médical, construit en 1982, pour 200 000 euros, avant d’engager 383 996 euros de travaux pour le transformer en maison de santé. Un logement destiné à accueillir des internes ou de jeunes médecins a également été rénové pour 84 312 euros.
Il serait toutefois trompeur d’additionner toutes ces sommes pour en faire le « coût » de l’installation de ce seul généraliste : les bâtiments et leurs rénovations constituent des investissements qui doivent servir durablement à l’offre de soins locale.
Une prime communale supérieure à celle de l’Assurance maladie
Le contraste avec les nouveaux dispositifs nationaux est néanmoins saisissant. Depuis le 1er janvier 2026, un médecin qui s’installe pour la première fois en libéral dans une zone d’intervention prioritaire (ZIP) peut percevoir une aide ponctuelle de 10 000 euros. Elle tombe à 5 000 euros dans une zone d’action complémentaire (ZAC). Une aide de 3 000 euros est également prévue pour l’ouverture d’un cabinet secondaire en ZIP. Ces dispositifs ont remplacé les anciens contrats démographiques.
Montmorillon est désormais classée en ZIP. La prime accordée par la mairie au jeune généraliste représente donc, à elle seule, deux fois et demie l’aide nationale à la primo-installation.
La commune avait toutefois pris sa décision sous l’ancien zonage. À l’époque, Montmorillon était classée en ZAC tandis que plusieurs territoires voisins figuraient en ZIP. Et les anciens dispositifs pouvaient être beaucoup plus généreux : le contrat d’aide à l’installation des médecins pouvait atteindre 50 000 euros sur cinq ans dans certaines conditions.
« Cela ne marche pas à tous les coups », reconnaissait en septembre 2025 Bernard Blanchet, alors maire de Montmorillon, cité par La Nouvelle République. Mais après plusieurs années de recherche infructueuse, l’élu assumait le choix : « Avec ces 25 000 €, je suis sûr qu’on a pris la bonne décision. »
Seulement 11 % des primo-installations en zones sous-denses
Le problème auquel Montmorillon tente de répondre est loin d’être isolé. Selon l’Assurance maladie, seuls 11 % des médecins qui s’installent pour la première fois choisissent aujourd’hui une zone sous-dense. La convention médicale 2024-2029 fixe comme objectif d’augmenter de 7 % par an le nombre d’installations dans ces territoires.
L’Assurance maladie ne mise d’ailleurs plus uniquement sur le chèque d’installation. En ZIP, les médecins traitants bénéficient également d’une majoration du forfait médecin traitant. Pour les primo-installés, elle atteint 50 % la première année, 30 % la deuxième, puis 10 % à partir de la troisième année de manière pérenne.
Le pari est donc de rendre l’exercice durablement plus attractif plutôt que de concentrer l’effort financier au moment de l’installation.
« Fallait-il aller jusque-là pour faire venir un médecin ? »
À Montmorillon, le choix de la précédente municipalité reste discuté. Marie-Catherine Burbaud, aujourd’hui adjointe à la santé et alors élue d’opposition, avait voté contre l’aide.
« L’aide, plus le montant des travaux, plus un an de loyer gratuit, plus les charges… Fallait-il aller jusque-là pour faire venir un médecin ? », interroge-t-elle aujourd’hui dans La Nouvelle République.
La nouvelle municipalité entend davantage travailler sur les conditions d’exercice. Un comité de pilotage réunissant dix professionnels de santé a notamment été créé. L’un des constats dressés localement est le temps consacré par les professionnels aux problématiques sociales de leurs patients, au détriment du soin.
Sur un point, l’adjointe à la santé rejoint toutefois son prédécesseur : l’attractivité ne passe pas uniquement par la rémunération. Elle soutient notamment la mise à disposition d’un logement pour les internes et les jeunes praticiens. « Il faut créer les meilleures conditions d’accueil », explique-t-elle.
Les communes peuvent toujours sortir leur chéquier
La réforme des aides de l’Assurance maladie ne signe donc pas la fin de la concurrence financière entre territoires. Le ministère de la Santé rappelle lui-même que, dans les zones sous-denses, les médecins peuvent cumuler différents dispositifs provenant de l’État, de l’Assurance maladie mais aussi des collectivités territoriales.
Et les pouvoirs publics reconnaissent que l’argent ne suffit pas. Le ministère souligne que les déterminants de l’installation sont « multiples » et ne se résument pas aux considérations financières : conditions d’exercice, travail coordonné, présence d’autres professionnels, logement ou encore environnement familial comptent également dans le choix d’un territoire.
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