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Vingt-deux personnes dont deux ophtalmologues et dix opticiens seront jugés au printemps 2027 à Paris après le démantèlement d’un vaste système d’escroquerie en bande organisée dans le secteur de l’optique, ont annoncé vendredi la procureure de Paris et la gendarmerie dans des communiqués distincts.
Figurent parmi les prévenus trois présidents d’associations de santé, a précisé la procureure de Paris, Laure Beccuau. Le renvoi en procès concerne aussi quinze personnes morales dont cinq centres d’ophtalmologie, selon la gendarmerie.
L’examen de l’affaire au fond est prévu entre le 3 et le 15 juin 2027.
Onze personnes ont été placées sous contrôle judiciaire avec notamment l’interdiction de gérer une société ou de présider une association.
Des ordonnances parfois délivrées sans examen
L’enquête préliminaire a débuté en 2025 après le signalement de mutuelles de santé, ont expliqué Laure Beccuau et la gendarmerie.
Confiée à l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), « elle a mis au jour un système d’escroquerie et de blanchiment organisé entre assurés, opticiens et prescripteurs reposant sur la recherche d’une prise en charge maximale par les mutuelles », a souligné la procureure.
L’objectif était pour les clients d’obtenir « un remboursement indu de la prise en charge mutuelle sous la forme d’un avoir permettant de choisir des produits d’optique au gré de ses envies (montures de luxe, lunettes solaires, verres correcteurs etc.) ».
Pour les opticiens, cette combine permettait « une activité économique gonflée par une attractivité accrue et déloyale par rapport à leurs concurrents », tandis que les ophtalmologues impliqués bénéficiaient d’« une patientèle abondante », selon Laure Beccuau.
« Certains opticiens envoyaient leurs clients chez des ophtalmologues complices, qui délivraient, parfois sans même examiner le patient, des ordonnances fictives (...). Le client recevait les lunettes dont il avait réellement besoin, et les produits coûteux inutiles étaient dissimulés dans les stocks des opticiens », a expliqué la gendarmerie.
« Certains opticiens ont reconnu que plus de la moitié de leur chiffre d’affaire reposait sur cette escroquerie », a-t-elle précisé.
De nombreuses perquisitions ont eu lieu dans des magasins d’optique, des centres de santé et cabinets d’ophtalmologie entre janvier et juillet 2026, dans le cadre d’une « opération judiciaire d’envergure », a souligné Laure Beccuau.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/une-escroquerie-exceptionnelle-un-reseau-de-centres-de-sante-au-coeur-dune-fraude-58
Quelque 12 millions d’euros détournés par an
La gendarmerie évoque un détournement de « quelque 12 millions d’euros par an depuis 2023 ». « Au-delà de la présente affaire, l’enquête laisse soupçonner que ce système d’escroquerie serait généralisé, pour un volume estimé, sur la plaque parisienne, à quelque 250 millions d’euros depuis 2023 », a-t-elle ajouté.
Les personnes poursuivies encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement, outre la confiscation des avoirs saisis incluant du matériel d’optique estimé à 1,3 million d’euros, selon la procureure.
Le parquet a transmis toutes les informations issues de l’enquête aux administrations et autorités compétentes, « ouvrant la voie à des redressements fiscaux, un déconventionnement des médecins impliqués par l’assurance-maladie et à des sanctions disciplinaires par l’Ordre des médecins ».
Avec AFP
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