Déficit de la sécu : les syndicats refusent d’être les dindons de la farce

Le déficit de la sécurité sociale pourrait se creuser à 1,7 milliard en 2019, après s’être approché de l’équilibre en 2018. Deux syndicats (SML et CSMF) refusent que le gouvernement ponctionne les soins de ville pour compenser ses dépenses non financées.

Revenu en 2018 à 1,2 milliard d'euros (son plus bas niveau en deux décennies), le déficit de la sécurité sociale pourrait retomber à 1,7 milliard en 2019, selon une synthèse de la Commission des comptes de la sécurité sociale (CCSS).
 
Une rechute qui résulterait « pour l'essentiel d'une croissance de la masse salariale (...) nettement inférieure à la prévision initiale" du gouvernement (3,1 % et non 3,5 %), selon la CCSS.
 
Et de citer deux autres causes de déficit supplémentaires : la prime Macron de décembre (exonération totale de cotisations et d'impôts jusqu'à 1 000 euros) et les "mesures d'urgence" (exonération de cotisations sur les heures supplémentaires et baisse du taux CSG pour certains retraités) pour tenter de répondre à la crise des gilets jaunes.

 
Reconnaître les efforts de la médecine de ville

 
L’annonce du creusement éventuel du déficit de la sécurité en 2019 n’a pas manqué de faire réagir les syndicats représentatifs des médecins libéraux. Du côté de la CSMF, on espère que les efforts de la médecine de ville seront enfin reconnus.
 
En effet, l’Objectif national de dépenses d’Assurance Maladie (Ondam) voté pour 2019 devrait être respecté, « grâce aux efforts continus des médecins libéraux depuis plusieurs années pour contenir les dépenses de soins de ville », souligne le syndicat.
 
Et de citer le rapport de la CCSS, précisant que « sur la base de la répartition rectifiée en LFSS pour 2019, les dépenses de soins de ville sont en sous-exécution de 0,3 Md€ ». Mais aussi que « les dépenses de soins de ville moins élevées que l’objectif rectifié pour 2018 créent un effet de base favorable de 250 M€ sur 2019 », d’après le comité d’alerte de l'Ondam.
 

Plus de moyens pour les soins de proximité

 
Mais ces résultats positifs ne doivent néanmoins pas masquer la réalité, poursuit la CSMF, persuadé qu’il est « plus qu’urgent de réorganiser le système de santé français qui souffre, tout particulièrement la médecine de ville ».
 
Or, pour que celle-ci puisse assurer les soins de proximité sur l’ensemble du territoire, « il lui faut les moyens nécessaires, tant en médecine générale qu’en médecine spécialisée ». En clair : pour réformer la médecine de ville, le gouvernement va devoir à l’avenir casser sa tirelire !
 
Du côté du SML, le ton est plus revendicatif, même si sa position rejoint celle de la CSMF. Le Syndicat des médecins libéraux rappelle qu’il n’a pas participé à la dernière réunion de la CCSS.
 
Pourquoi ?
 
Parce qu’il « refuse d’assister le petit doigt sur la couture du pantalon à la répétition du scénario bien rodé entre le ministre des comptes publics et la ministre de la santé, qui annonceront que les mesures d’urgence en faveur des « gilets jaunes » plombent les comptes publics et que le déficit de la sécurité sociale se creuse de nouveau, justifiant un nouveau plan d’austérité qui ne dira pas son nom. » C’est ce qu’on appelle un bel uppercut.
 

Assistants médicaux et CPTS dans la balance

 
Décidé à en découdre (au moins sur le papier pour le moment), le SML rappelle qu’il n’a toujours pas fait part de sa décision concernant le projet d'accord sur les assistants médicaux et les CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé).

Et prévient donc que « les médecins libéraux n’accepteront pas de s’engager dans ces dispositifs si dans le même temps les soins de ville servent à nouveau de variable d’ajustement budgétaire ».
 
Le syndicat considère en effet « qu’il appartient à l’État de trouver les moyens de compenser les pertes de recettes infligées à la Sécurité sociale dans le cadre des mesures décidées à la suite au mouvement de contestation des gilets jaunes, sans recourir à de nouvelles économies sur les soins. »
 

Le fameux « en même temps »

 
Et de regretter, malgré les efforts accomplis par les médecins de ville et les établissements pour faire diminuer les dépenses, que l’État ait fait le choix « de mettre en réserve une partie du budget des soins de ville pour 2019, afin d’anticiper un éventuel dépassement ».
 
Pour le SML, cela signifie que le gouvernement qui « prétend vouloir favoriser les soins de proximité pour désengorger les urgences hospitalières, fait semblant d’appuyer sur la pédale d’accélérateur en finançant les CPTS et les assistants médicaux, car il appuie, « en même temps », sur la pédale de freins pour éviter de transférer les financements des soins qui passent de l’hôpital vers la ville. »

Portrait de Julien Moschetti

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