Le préfet de police de Paris a évoqué hier soir une « saturation » des hôpitaux à Paris et dans son agglomération. Dans la capitale, 25 arrêts cardiaques ont été recensés « en vingt-quatre heures » sur la journée de mercredi, contre « moins de 10 habituellement », a indiqué plus tôt le cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist.
« On commence à avoir et on s'y attendait, (...) les premiers décès » probablement liés aux températures extrêmes, a expliqué le cabinet lors d'un point presse sur les conséquences de la canicule. Ces décès « ne concernent pas que des personnes âgées déshydratées » mais aussi « des jeunes qui font des arrêts cardiaques », selon le cabinet, qui n'a pas précisé si tous ces arrêts cardiaques se sont soldés par un décès ou non.
« La situation passe un cap et il faut qu'on passe en gestion de crise avec tous les leviers possibles », a-t-on encore précisé.
Point de basculement
L'AP-HP a rapporté jeudi soir que son niveau d'activité, déjà « haut », poursuivait son augmentation aux urgences, avec les plus de 75 ans représentant 18 % des passages. Ses quatre SAMU ont aussi « enregistré une activité particulièrement soutenue en ce début de semaine, avec une augmentation de plus de 50 % du volume d’appels par rapport à la même période en 2025 », selon l'institution.
De son côté le syndicat Samu Urgences de France dit être « confronté à un point de basculement, avec une augmentation majeure des appels au 15, de 40 % », selon un porte-parole à l'AFP.
« Le nombre de passage aux urgences augmente », les services accueillant en particulier des « personnes âgées » et voyant apparaître des « cas graves d'hyperthermie maligne » (augmentation rare et potentiellement mortelle de la température corporelle, ndlr), a-t-il ajouté.
Les médecins craignent de constater à plus ou moins brève échéance une surmortalité dans la population, a-t-il affirmé.
Choc différé
De leur côté en tout cas, les services de pompes funèbres n'ont pas encore constaté l'apparition d'indices de surmortalité, a indiqué à l'AFP Florence Fresse, la déléguée générale de la fédération.
« Nous n'avons pas d'informations particulières sur un pic de décès » sur le territoire national, a-t-elle indiqué, soulignant qu'il n'y avait pas de signe particulier d'un encombrement anormal des chambres funéraires.
Mais tous les spécialistes mettent en garde : le moment de vérité sur l'ampleur du choc sanitaire lié à la canicule ne pourrait survenir que dans quelques jours.
Les décompensations (aggravations brutales, ndlr) de maladies chroniques « surviennent parfois cinq à dix jours après », a rappelé le cabinet du ministère de la Santé.
La ministre Stéphanie Rist doit prendre un arrêté permettant de « mobiliser les étudiants pour venir en renfort » des Samu-SAS, qui répondent aux appels au 15. « Nous allons activer la réserve sanitaire (des professionnels de santé volontaires, mobilisables très rapidement) », a aussi indiqué le cabinet.
Patients déplacés
En attendant, les hôpitaux sont confrontés à des problèmes de pics de chaleur dans leurs propres locaux.
« Je sors d'une réunion de crise avec la direction de l'hôpital », a expliqué à l'AFP un médecin chef des urgences dans un hôpital de l'ouest de la France. « Il y a des chambres qui sont devenues intenables pour les patients », et « on a décidé de déplacer des lits d'un service à l'autre » pour éviter de soumettre des patients à des températures trop élevées, a-t-il dit.
Signe que la situation sanitaire globale est mouvante et toujours difficile à apprécier précisément, les urgences de cet hôpital semblaient échapper encore hier matin à la hausse d'activité constatée dans de nombreux autres établissements.
« Chez nous, le niveau d'activité des urgences est stable pour l'instant, même si les appels au 15 sont en hausse de 20 % », a précisé ce médecin.
Avec AFP