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Un tour de vis sur les arrêts maladie. La hausse des franchises médicales. Le déremboursement des médicaments. La lutte contre la fraude. La liste des pistes d’économies qui circulent alors que Gouvernement et parlementaires entament l’élaboration du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) a un goût de déjà-vu. Le dernier tour de piste budgétaire de l’ère Macron promet, comme cela a été le cas les années passées, des économies pour le secteur de la santé, et actionne les mêmes leviers. À tel point que dans les hôpitaux et dans les cabinets médicaux, on a bien souvent l’impression de faire les frais de la rigueur budgétaire un peu plus souvent que les autres.
« Nous pensons que cela va être brutal, prédit le Dr Yves Rébufat, président d’Action Praticiens Hôpital (APH). Nous savons que d’autres secteurs souffrent, nous avons bien vu ce qui se passe chez les pompiers, dans la justice… mais c’est toujours sur les gros postes que l’on rabote le plus : les retraites et la santé. » Un discours que confirment malheureusement la plupart des spécialistes des finances publiques.
S’attaquer aux plus gros
« Pour stabiliser notre dette publique autour de 120 % du PIB à l’horizon 2030, il faudrait dès maintenant réaliser des économies de l’ordre de 100 milliards d’euros par an, ce qui représente environ 5 à 7 % de la dette publique, calcule François Ecalle, président de Fipeco, un site spécialisé dans les finances publiques. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous attaquer aux principaux postes de dépenses que sont les retraites, la santé et les collectivités locales. »
Henri Sterdyniak, économiste à Sciences-Po, fait un constat similaire, bien qu’il appartienne à un courant bien moins libéral que celui de François Ecalle. « On ne peut pas toucher à la défense, à la justice, à la police, l’indice des fonctionnaires est gelé, il est donc naturel de voir qu’on se tourne vers les dépenses sociales pour faire des économies », explique-t-il.
Un traitement particulier
Reste que la santé bénéficie d’un traitement particulier : chaque année, l’Objectif national de dépenses d’Assurance maladie (Ondam) voté par les parlementaires augmente, et les économies réalisées sont calculées non par rapport à l’année n-1, mais par rapport à l’évolution naturelle que les dépenses auraient connue, du fait notamment du vieillissement de la population. En d’autres termes, la santé est un secteur qui fait des économies… tout en dépensant toujours plus.
Pour bien comprendre ce que cela signifie, on peut s’imaginer ce qu’il se passerait si la même logique était appliquée à un domaine comme l’écologie. Les besoins en la matière, sous l’effet du changement climatique, sont immenses. Si l’on calculait les économies à réaliser par le ministère de l’Environnement en les déduisant des besoins, et non de la dépense de l’année précédente, la France serait assez vite bonne pour la cessation de paiement.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/budget-de-la-secu-2027-arrets-maladie-medicaments-soins-de-ville-ou-le-gouvernement-veut
Pas d’ordonnateur unique
Pourquoi la santé, malgré les restrictions qu’elle subit, n’est-elle pas placée au même niveau que l’environnement ? « L’une des particularités de la santé par rapport aux autres secteurs, c’est qu’il n’y a pas d’ordonnance des dépenses au niveau global, répond Henri Sterdyniak, économiste français signataire du Manifeste d’économistes atterrés (2010). Les décisions sont prises par une multitude d’ordonnateurs privés, les médecins, les dentistes, et le contrôle que l’on peut avoir est donc beaucoup plus faible que sur les dépenses d’environnement ou de retraites. »
Reste que le problème demeure assez inextricable… Et on ne doit malheureusement pas compter sur l’élection présidentielle pour y apporter quelque lumière. « Aucun candidat n’a réellement pris la mesure des économies à réaliser », tranche François Ecalle. « Les grandes réformes ne permettent pas d’être élu, remarque Henri Sterdyniak. Si vous dites qu’on augmente la CSG de deux points pour arrêter les économies de bouts de chandelle dans la santé, vous ne serez pas élu, mais si vous voulez sortir de la Sécu les gens qui gagnent plus de 3 000 euros, vous ne le serez pas non plus. » Seule certitude : celui ou celle qui arrivera à l’Élysée au printemps prochain n’héritera pas d’un job facile.
« Il faut éviter la concurrence entre les services publics »Dans l’éducation aussi, on voit venir la saison budgétaire avec inquiétude. Le point avec Aurélie Gagnier, porte-parole du FSU-SNUipp, principal syndicat enseignant du primaire, qui veut éviter une guerre fratricide pour les derniers crédits. Comment se présente la loi de finances dans votre secteur ? Aurélie Gagnier : Nous faisons partie des ministères qui devraient avoir une augmentation budgétaire (0,8 milliard d’euros), mais nous ne sommes évidemment pas satisfaits, car cela ne couvrira même pas l’inflation. Par ailleurs, nos moyens sont tellement en retard par rapport aux besoins, qu’il s’agisse de la formation, des enseignants spécialisés, des remplaçants, que cette augmentation ne saurait suffire. On entend pourtant beaucoup que la baisse attendue du nombre d’élèves, en raison de notre démographie déclinante, justifierait une adaptation des ressources allouées à l’éducation… AG. : Pour nous, il faudrait au contraire profiter de cette baisse démographique pour, au minimum, maintenir le nombre de postes. Par ailleurs, nos salaires sont gelés depuis 15 ans, et nous avons énormément perdu en pouvoir d’achat. Dans d’autres secteurs, on peut toutefois penser que l’argent public étant rare, il pourrait être mieux utilisé ailleurs… Dans la santé, par exemple… AG. : Il faut bien sûr éviter toute concurrence entre les services publics et aller chercher l’argent où il se trouve. Dans le secteur de la santé, on parle beaucoup de gains d’efficience, de lutte contre les gaspillages. A-t-on les mêmes débats dans l’éducation ? AG. : Dans un certain sens, oui. Les enseignants passent beaucoup de temps à faire de l’administratif, à remplir des tableaux, à gérer des évaluations… Cela nous mobilise beaucoup, et il y a dans ces activités quelque chose de démotivant. Nous pensons qu’il y aurait beaucoup à gagner à respecter davantage notre liberté pédagogique. |