Blâmes et interdiction d'exercice pour des médecins anti-homéopathie : les sanctions de trop ?

Une dizaine de médecins du collectif Fakemed viennent de recevoir un blâme, tandis le trésorier de l’association, a écopé d’une suspension d’exercice de trois mois, suite aux plaintes déposées par les homéopathes. Nous avons contacté le président du collectif pour obtenir ses réactions.

« Nous sommes absolument choqués par la disproportion des sanctions. Certaines personnes qui commettent des infractions plus graves sont moins sanctionnées que ça. Je pense notamment à un médecin qui a proposé de l’homéopathie pour traiter l’autisme, et qui se retrouve avec une suspension d’exercice d’un mois. »
 
Contacté par WUD, le Dr Cyril Vidal, le président du collectif FakeMed, a réagi aux sanctions prises par la Chambre disciplinaire de première instance (CDPI) d’Île-de-France du Cnom, à l’encontre des signataires de la tribune du 18 mars 2018, suite aux plaintes déposées par les homéopathes.
 
La majorité des médecins signataires vient en effet de recevoir un blâme, tandis que le trésorier de l’association, Mathieu Van Dessel, médecin généraliste à Clichy (92), a écopé d’une suspension d’exercice de trois mois. Dans un communiqué daté 19 février, le collectif FakeMed a exprimé « sa colère et son incompréhension devant la sévérité des sanctions prises » par la CDPI d’Île-de-France. Et critiqué « l’atteinte inadmissible à la liberté d’expression qu’elles représentent ».
 
Une saga politico-judiciaire que le collectif a résumé avec un tweet un brin acerbe envers l’Ordre des médecins :

À l’origine de l’affaire : une tribune, publiée en mars 2018 dans Le Figaro par le collectif Fakemed, qui attaquait violemment les thérapies alternatives comme l'homéopathie. Si bien que l'Union collégiale des homéopathes a déposé des plaintes disciplinaires (auprès de l'Ordre des médecins) envers les signataires de la tribune. Seuls 63 médecins sur les 124 médecins signataires ont été poursuivis, principalement par le syndicat national des homéopathes.
 
Suite aux plaintes déposées par les homéopathes, dix médecins du collectif Fakemed étaient convoqués le 17 décembre dernier à la CDPI d’Île-de-France. Vous connaissez la suite…
 

Appel

Les accusés vont faire appel devant la Chambre disciplinaire nationale qui est exhortée par le collectif à prendre une décision « de droit, au-delà des intérêts personnels et corporatistes, au-delà des croisades locales, et ainsi de laver l’honneur de l’institution ordinale en annulant ces décisions, prises dans un contexte d’audiences entachées d’irrégularités ».
 
Le collectif appelle également le Conseil de l’Ordre et son président Patrick Bouet, qui « ont déjà par le passé interjeté l’appel d’une décision similaire, à prendre de nouveau cette décision qui démontrerait une volonté de changer les choses ».
 
Enfin, la décision de la CDPI ne va dans le sens de l’histoire, considère le médecin : « Si l’on considère l’avis de la HAS, on a une évaluation scientifique et des connaissances et une prise de conscience qui avancent, et la CDPI fait machine arrière… »

Les homéopathes partout ?  

Mais alors, comment expliquer ces sanctions ? « Parce que le Conseil de l’Ordre ne veut pas faire de vagues et ne veut pas que ses médecins puissent prendre la parole hors-institutions pour tirer la sonnette d’alarme sur certains points », analyse Cyril Vidal qui poursuit son argumentation :
 
« Vous avez beaucoup d’homéopathes qui se trouvent dans les instances des Conseils de l’Ordre, ce qui fait que ça bloque beaucoup pour les affaires qui nous concernent. Quand vous voyez qu’il y avait une homéopathe dans le jury de la CDPI… On ne peut pas être à la fois juge et partie pour prendre une décision neutre. »
 

Accusation de charlatanisme ?
La tribune expliquait qu’il était facile et valorisant d'afficher son savoir, mais qu’il était bien plus difficile d'expliquer et d’accepter ses limites. Et de poursuivre : « La tentation peut alors être grande de pratiquer des soins sans aucun fondement scientifique. Cette tentation a toujours existé. Elle a été, et est toujours, nourrie par des charlatans en tout genre qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l’efficacité illusoire. » Dans le passage suivant, la tribune rappelait que l’obligation d'honnêteté est inscrite dans les Codes de déontologie des professions médicales et le Code de la Santé Publique (article 39 du code de déontologie, article R.4127-39 du code de la Santé Publique). Des codes qui « interdisent le charlatanisme et la tromperie, imposent de ne prescrire et distribuer que des traitements éprouvés. Ils proscrivent aussi l’usage de remèdes secrets ou ne mentionnant pas clairement les substances qu’ils contiennent », écrivaient les signataires.
Portrait de Julien Moschetti

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