Âmes qui clivent - Critique de « Où vont les âmes » de Brigitte Poupart

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Un premier film qui se sort plutôt bien, scénaristiquement, du risque d’indigestion auquel l’accumulation de sujets-dossiers le destinait. Mais qui se complaît dans des effets de mise en scène malaisants. Bergman au temps d’Instagram…

Âmes qui clivent - Critique de « Où vont les âmes » de Brigitte Poupart

© Wayna Pitch

Anna a 17 ans, elle est atteinte d’un lymphome incurable et, comme la loi canadienne l’y autorise, demande à bénéficier de l’aide à mourir. Anna est la fille de Victor Meyers, pianiste célèbre incarcéré pour viol, dans le sillage de #MeToo. Le témoignage de ses deux premières filles a contribué à sa condamnation. C’est par les réseaux sociaux que celles-ci apprennent la décision de leur demi-sœur…

L'aide à mourir, sans débat

On se croirait dans du Bergman, sans cris, sans chuchotements, mais la sororité y est, les secrets de famille également, la mort en embuscade. Elle est ici certaine de réussir, malgré le jeune âge de la condamnée, puisqu’aidée par la loi. L’un des intérêts du film étant que cette disposition législative, tant décriée chez nous et apparemment polémique chez nos cousins d’Amérique, n’est jamais un sujet. La loi existe, Anna remplit les critères nécessaires à son application, la procédure se déroulera selon toutes les étapes prévues, point.

Fantômes d'une famille sous emprise

Monia Chokri et Sylvie Testud servent honorablement une distribution homogène et une histoire plus subtile que la surenchère de sujets brûlants laissait craindre. Avec une deuxième bonne idée : l’absence physique du père, reconnu coupable par la justice mais qui voudrait s’exonérer de toute responsabilité dans les fractures familiales. Et dont le caractère manipulateur transpire au travers des quelques phrases échangées avec sa cadette, où l’on comprend qu’il souhaite demander sa libération conditionnelle pour l’accompagner dans ses derniers instants, avec la fâcheuse impression que l’expédient importe plus que sa finalité. Monia Chokri joue la sœur aînée qui, parce qu’elle a le plus en commun avec son père, a hérité des plus lourdes souffrances. Elle est aussi la plus lucide à son propos, reléguée par conséquent à la marge de cette famille que l’on sent encore largement sous emprise. En témoignent les dernières volontés d’Anna, qui souhaiterait sceller par sa mort un pardon familial, le rendant dès lors impossible puisque pollué de cette charge affective, comme un écho lointain aux chantages malsains du père cherchant à acheter le silence de ses filles.

« Certains sujets tolèrent mal la passivité »

La gêne qui nous gagne ne semble cependant pas qu’une conséquence voulue par la réalisatrice, le gage d’un scénario subtilement malaisant. Elle est en grande partie liée au personnage même d’Anna, interprété par une Sara Montpetit encore jeune mais déjà abonnée aux rôles border, surjouant l’adolescente morbide - le rôle n’en avait guère besoin - et prisonnière progressive de tableaux esthétisants, d’aucuns diraient instagrammables, qui semblent cautionner l’usage perverti des réseaux sociaux qui gangrène le film.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/le-non-choix-de-sophie

L’on regrette a posteriori que la cinéaste ne se soit pas plus positionnée au sein de cette famille dysfonctionnelle, comme lorsque le personnage de Monia Chokri est laissé seul face à ses dénégations. Certains sujets tolèrent mal la passivité.

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