Soignants, à votre santé !

Deux ministères sur le coup

Neuf mois après avoir été missionnée sur la santé des étudiants en santé, le Dr Donata Marra a accouché d’un rapport et de 15 mesures. Elles ont été présentées ce mardi matin par Agnès Buzyn et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur.

Les cordonniers sont les plus mal chaussés, et les soignants ne figurent pas parmi les mieux soignés. Par le métier, par les études et le management hospitalier, ils sont exposés, notamment en termes de risques psycho-sociaux. Les études le montrent, tant en France qu’à l’étranger. Et les quelques 350 000 étudiants en santé sont particulièrement exposés.

Face à la pression des associations étudiantes et à l’actualité qui fait de plus en plus souvent état de suicides dans le milieu hospitalier, le Dr Donata Marra, psychiatre à la Pitié-Salpêtrière et présidente du Bureau Interface Professeurs-Étudiants (BIPE) de l’Université Paris 6, a été chargée d’évaluer le mal-être et de présenter des propositions. Ce 3 avril, le rapport a été rendu public.

Former, détecter, soigner

« Ayons le courage de le dire, ce rapport montre qu’il n’y a pas de solution simple, unique, facile et rapide à mettre en oeuvre », peut-on lire dan l’édito signé des ministres Agnès Buzyn et Frédérique Vidal. « Il éclaire sur le caractère complexe, multifactoriel, systémique des problèmes et la multiplicité des causes, imposant une action cohérente, coordonnée, sur de nombreux aspects des formations en santé ».

Sur les 15 engagements (voir p. 16), trois grand champs d’action. Sept mesures à court termes sont détaillées, et peuvent se résumer ainsi : accompagner la santé des étudiants, qu’elle soit physique ou psychologique, en créant des structures au sein des universités ou en renforçant les moyens existant, et des modules de formation aux risques psycho-sociaux ; évaluer les situations exceptionnelles au niveau national – permettant au besoin de changer de filière après les ECN –, ainsi que les lieux de stages, par les étudiants ; les conditions de travail en stage seront améliorées, avec l’intention d’instaurer un respect strict du repos de sécurité, une limite hebdomadaire de 48h de travail, une formation de tous les encadrants et un effort sur les conditions d’hébergement pour les stages en conditions rurales.

Le rapport prévoit aussi des transformations globales des études, en assouplissant les conditions d’entrée et de sortie par des passerelles, avec pour objectif final « une disparition de l’iECN dans sa forme actuelle ».

Externes et internes ne seront pas épargnés

Dans un communiqué, l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) juge ces propositions « encourageantes », et elle salue « la volonté des Ministères de proposer enfin des actions pour améliorer significativement une situation qu’il est urgent de résoudre ».

Elle en attend néanmoins un peu plus. « Les questions statutaires sont trop largement éclipsées alors que des améliorations sont fortement attendues par les étudiants en médecine, dont le statut dévalorisant est dépassé », explique l’Anemf, qui critique également des problèmes dans la formation. « La mise en place de nouveaux outils pédagogiques ne pourra servir son rôle que si les formateurs sont mis en capacité de s’en saisir pleinement. Or les problématiques liées au statut hospitalo-universitaire ou bien aux conditions de nomination des hospitalo-universitaires, réel nerf de la guerre, ne sont pas évoquées ! », explique-t-elle.

Elle fait ici référence au manque d’encadrement des stages hospitaliers, et à la compétition mise en place en internat pour les postes de clinicat, qui pérennise un élitisme et qui, associée à une charge de travail importante, mène à l’épuisement professionnel. 

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La formation revue en profondeur ?

En marge de la remise du rapport, trois personnalités ont été nommées pour développer l’un des cinq volets de la transformation du système de santé annoncée par Agnès Buzyn et Edouard Philippe en janvier dernier. Le Pr Antoine Tesnière, président du conseil de la pédagogie à Paris 5, le Dr Stéphanie Rist, rhumatologue au CH d’Orléans et députée LREM du Loiret, et Isabelle Riom, interne en médecine générale et présidente du syndicat des internes en MG de Paris (SRP-IMG), ont reçu pour mission de revoir la formation des professionnels de santé.

Le rapport « devra traiter les questions en profondeur et sans tabou, qu’elles concernent le numerus clausus, la Paces, l'universitarisation des professions paramédicales et des sages-femmes, mais aussi la qualité de vie au travail », a souligné Agnès Buzyn, précisant que les étudiants en santé seront associés aux réflexions.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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