Robots chirurgicaux : des machines merveilleuses... et onéreuses

Entretien avec le Pr Jacques Hubert

Le Pr Jacques Hubert, du CHU de Nancy, coordonne le seul DIU de robotique chirurgicale en Europe. What's up Doc l'a rencontré en marge d'un colloque sur la place des robots dans le système de santé... et n'a pas résisté à la tentation de l'interviewer.


What’s up Doc. Vous êtes un fervent avocat de la chirurgie robotique, dont les bénéfices médico-économiques sont parfois contestés. Où en est le débat ?

Pr Jacques Hubert. Sur l’aspect économique, il n’y a pas de débat : la société Intuitive Surgical, principal fabricant de robots chirurgicaux dans le monde, nous impose des conditions excessives. Leur robot Da Vinci est vendu à plus de 2 millions d’euros, il y a entre 150 000 et 200 000 euros de contrat de maintenance par an, et chaque fois qu’on utilise un instrument, cela revient à 200 euros, même si on ne l’utilise que trois minutes.

WUD. Voilà pour l’aspect économique du terme « médico-économique ». Mais pour ce qui est du « médico » ?

JH. Le robot est une machine merveilleuse. Avant tout, il nous permet de faire en endoscopie des choses qui ne sont pas réalisables en laparoscopie standard. De plus, sur le plan ergonomique, il augmente grandement le confort du chirurgien et permet de prévenir les troubles musculo-squelettiques.

WUD. La supériorité du robot a-t-elle été démontrée lors d’études sur de grands nombres de patients ?

JH. C’est très difficile à démontrer. On a essayé de faire des études randomisées, avec un tirage au sort, notamment sur la prostatectomie radicale. Le problème, c’est que quand les patient viennent dans un centre où il y a un robot, ils veulent se faire opérer au robot.

WUD. C’est un problème assez classique quand on fait des études randomisées…

JH. Oui, mais il est accentué avec les robots car c’est un produit un peu mythique. Si on est opéré au robot, on a l’impression que ce sera mieux fait. Mais si le chirurgien derrière la console n’est pas bon, le résultat ne sera pas meilleur du seul fait du robot. Celui-ci reste un outil dont il faut apprendre à se servir.

WUD. Justement, parlons de formation. Comment se sentirait un chirurgien qui n’a jamais fait de robotique face à un Da Vinci ?

JH. Même un très bon chirurgien ne saurait pas l’utiliser. C’est une machine qui a des manettes, des pédales, il faut acquérir un certain nombre de gestes que l’on doit exécuter de façon automatique… C’est exactement la même problématique qu’en conduite automobile.

WUD. Alors pourquoi n’y a-t-il pas un permis d’utiliser un robot chirurgical comme il y a un permis de conduire ?

JH. C’est toute la problématique : on se retrouve comme au début du 20e siècle avec les premières voitures, quand Renault apprenait aux gens à conduire. En robotique, actuellement, c’est Intuitive qui assure la formation des chirurgiens en un jour et demi. On ne peut pas prétendre pouvoir utiliser correctement le robot si l’on se limite à cette formation.

WUD. Il y a aussi un problème d’objectivité : c’est comme si pour le médicament, les médecins ne disposaient que des informations des visiteurs médicaux…

JH. Effectivement. Ce n’est pas à la société qui commercialise le robot de dire si untel est compétent ou non. A l’heure actuelle, les apprenants sont des clients d’Intuitive.

 

A lire sur le même sujet : notre interview de Philippe Poignet, professeur de robotique et directeur du Laboratoire d'informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (Lirmm), ainsi que notre papier sur le colloque sur la robotique organisé la semaine dernière au Sénat par l'Observatoire de l'hospitalisation privée.

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Propos recueillis par Adrien Renaud

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