Médecin addict aux ordonnances : une petite cure de déprescription ?

Les bonnes idées du groupe Princeps

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le sur-diagnostic et le sur-traitement. Le groupe Princeps en fait partie, et son cinquième colloque a mis en avant des initiatives pour changer les pratiques médicales.

 

Chutes chez les personnes âgées, antibiorésistance… les conséquences de l’emballement des prescriptions médicamenteuses sont nombreuses. Fatalité ? Non. Un groupe d’irréductibles gaulois appelé Princeps lutte encore et toujours contre le sur-diagnostic et le sur-traitement. Son cinquième colloque s’est tenu il y a quelques mois à Bobigny. What’s up Doc revient aujourd’hui sur deux initiatives qui avaient alors été mises en avant.

La première avait été présentée par le Dr Marie-France Pocquet, chef de service du pôle gériatrie à l’hôpital de Pithiviers. Il s'agit d'une expérience originale de collaboration médecins-pharmaciens-équipe soignante. L’objectif : surveiller les prescriptions et les effets indésirables cliniques chez les personnes âgées hospitalisées.

Dans le cadre de ce projet, les pharmaciens revoyaient systématiquement les prescriptions et identifiaient les associations dangereuses. Les infirmières relevaient quant à elle les chutes, les syndromes confusionnels... Et les gériatres compilaient ces données. « Cette évaluation des pratiques professionnelles transversale a sensibilisé l’ensemble des intervenants à la iatrogénie et favorisé la déprescription », se réjouit Marie-France-Pocquet.

Halte au discours pousse-à-la-consommation de Big Pharma

Le Pr François Pesty, pharmacien et ancien responsable des ventes d’un grand labo, fait lui aussi partie groupe Princeps. Il considère qu'il existe deux leviers majeurs pour modifier les habitudes de prescription des médecins.

Le premier serait d’utiliser des logiciels d’aide à la prescription dans lesquels le médecin doit obligatoirement préciser l’indication. Cela permettrait d’après lui de remettre à plat les champs d’indication, non-indication, et d’y intégrer les notions d’amélioration du service médical rendu.

Le deuxième levier serait de contrer le discours pousse-à-la-consommation des labos en introduisant des visites médicales académiques, à l’américaine (academic detailing). Au lieu (ou en plus) des habituels visiteurs rémunérés par l’industrie pharmaceutique, le médecin recevrait, de manière répétée, des experts indépendants.

Drôles de DAM

Dans cette optique, François Pesty a collaboré avec l’assurance maladie, notamment pour lutter contre l’antibiorésistance. Le principe était d’optimiser le travail des Délégués de l’assurance maladie (DAM), qui informent les médecins libéraux des dernières recommandations.

« Les DAM sont beaucoup moins nombreux que les visiteurs médicaux, ne sont pas aussi pointus sur un type de "produit", et n’ont pas leur bagout », explique François Pesty. Il les a donc formés et coachés pour aller délivrer aux prescripteurs de ville la bonne parole : réduction et désescalade des antibiothérapies.

Les résultats d’une expérience sur le sujet, menée en 2005 et 2006, ont été très prometteurs : la part de l’amoxicilline* parmi les antibiotiques prescrits par les 216 médecins visités a augmenté de près de 60 %. Un petit pas pour les médecins, un grand pas contre l’antibiorésistance. Sans parler gros sous… car écologie (bactérienne) rime bien avec économies (de santé) !

* recommandée en première intention dans les infections respiratoires hautes en ville

Source: 

Sarah Balfagon

Portrait de La rédaction

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