L'ours et les poupées

Critique de Bienvenue à Marwen, réalisé par Robert Zemeckis (sortie le 2 janvier 2019)

L'histoire vraie de Mark Hogancamp, artiste victime de crime haineux qui surmontera son traumatisme en créant un monde imaginaire fait de poupées, le village de Marwen, qu'il prendra en photo pour mieux figer ce qu'il tente d'éviter de revivre. Le film alterne ainsi entre des scènes de la vie quotidienne de Mark et celles, héroïques et fantasmées, du village de Marwen. 

C’est à un vieux routard du cinématographe que revient l’honneur d’inaugurer l’année 2019. On ne présente plus Robert Zemeckis, l’homme aux scénarios ultra-efficaces, aux histoires attachantes de gens ordinaires embrassant un destin hors norme, en qui chaque Américain moyen pouvait s’identifier. Sa dernière œuvre présente la curiosité d’être un condensé de ses films précédents, truffé de clins d’œil évidents mais pas toujours habiles – la référence à Retour vers le futur est plus qu’accessoire -, tout en abordant des territoires qu’il avait jusque là peu explorés. À l’image de son héros, Mark Hogancamp, terriblement « zemeckien » mais dont une certaine étrangeté, une inhabituelle complexité le font échapper à toute tentative de catégorisation, de réduction simpliste.

D'un point de vue psy, l'histoire est vraiment intéressante. Elle illustre à quel point l'état de stress post-traumatique est une maladie obsédante, une prison mentale, Zemeckis évoquant même, au travers d'un des personnages imaginaires peuplant l'univers "marwenien", une sombre addiction. Mais, surtout, elle montre l'ambivalence du processus d'autothérapie, plus ou moins conscient, que mettent en place de nombreuses victimes de traumatisme : en recréant éternellement les scènes traumatiques, elles s'exposent en permanence au risque de s'aggraver, voire de se perdre ; et pourtant cette répétition, à partir de laquelle une modification progressive du scénario traumatique devient possible souvent par le recours à la création, en tout cas au symbolique, est la base nécessaire pour dépasser le trauma. Le statut de l'imaginaire, refuge face à la violence de la réalité mais aussi à celle du fantasme, est également abordé de façon intéressante. Ajoutons que l'empathie de Zemeckis pour le personnage de Mark est constante et qu'elle lui permet d'aborder sans peur certains aspects douloureux, voire ambigus de son héros aux bases narcissiques plus que fragiles et qui auraient facilement pu verser dans le sordide - on pense notamment à sa vision de la femme.

Le film laisse pourtant sur sa faim. Les ficelles de réalisation sont souvent un peu trop grosses, à l'image de cette façon qu'a Zemeckis de filmer les femmes du quotidien "réel" de Mark de la même façon que les poupées glamour qu'il met en scène : toutes ont le grain de peau velouté et brillant, sont sans aspérité, sauf celle qui l'aime d'un amour véritable. La fréquence du recours aux scènes de performance capture finit par installer une certaine lassitude, tant en raison du contenu que du procédé lui-même. Mais, surtout, Zemeckis ne parvient jamais à rendre son récit véritablement fluide. Il l'encombre d'enchaînements maladroits, de digressions alambiquées, d'une symbolique soit trop lourde soit trop absconse. Ajoutons que cela faisait longtemps que nous n'avions pas vu une interprétation globale aussi médiocre, Steve Carell inclus. 

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

 

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