L'oeuf de Moscou

Critique de "My Zoe", de Julie Delpy (sortie le 30 juin 2021)

Une généticienne supporte mal le régime de garde alternée de sa fille Zoé, qui lui a été imposé suite à une séparation houleuse. Elle devient peu à peu obsédée par la crainte de perdre des instants avec elle. Confrontée à la pire douleur imaginable, elle va pourtant refuser de se résigner... Le nouveau film de Julie Delpy nous balade entre Berlin et Moscou, hélas sans jamais trouver réellement son chemin. 

On aime la Julie Delpy réalisatrice, l'audace qui transparaît aussi dans son caractère d'actrice, aussi a-t-on envie de la suivre dans cette fable moderne, que paraît-il on ne doit pas spoiler, bien que l'histoire soit cousue de fil blanc. Elle a choisi de filmer My Zoe avec une remarquable sobriété, une absence de musique, une caméra qui ne s'affole jamais même quand les personnages sont confrontés à l'insupportable - la douleur de la perte et le poids de la culpabilité. Cette capacité à mettre sur le même plan l'anodin et l'exceptionnel, la douceur et la douleur déchirante, est un parti pris, un postulat de réalisation intéressant. Pourquoi, alors, le film ne parvient-il jamais à nous embarquer?

Il semble que Delpy ait été piégée par son ambition de faire exister cette histoire sur la longueur, étant dès lors obligée de multiplier les cheminements, les obstacles, parfois en s'appesantissant sur des éléments peu aboutis, mal dialogués et indigestes - on pense particulièrement à ces scènes de règlement de comptes entre ex-époux qui tournent un peu à vide, nous livrant ponctuellement et de façon assez balourde des clés censées nous éclairer sur le comportement de cette mère. A moins qu'elle ait voulu raconter trop de choses, la difficulté des femmes d'aujourd'hui à tout mener de front, le désir absolu d'enfant, le refus de se confronter au pire, l'ambiguïté de la morale, la façon dont la science accompagne, accélère et complexifie tout cela...

Si les personnages gravitant autour d'Isabelle et de sa fille peinent à exister, mal écrits quand ils ne sont pas carrément mal joués, cette mère opiniâtre, à laquelle Julie Delpy prête la densité et le caractère énigmatique de son jeu, est l'élément le plus réussi du film. Car au milieu de tout ce qui lui tombe littéralement dessus, de tout ce qu'elle doit traverser, elle est constamment sur une ligne de crête, conservant une distance déroutante, une maîtrise d'elle-même, une froideur qui résistent à la compréhension et aux traits surlignés du scénario. D'Isabelle, on ne sait jamais réellement si elle est trop humaine ou si elle a perdu toute humanité. Et la Julie Delpy réalisatrice se garde bien d'y apporter la moindre conclusion. Elle rejoint en cela la galerie de personnages féminins refusant de se soumettre aux diktats de leur époque qui égrènent la filmographie de l'actrice-réalisatrice. 

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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