«Les médecins qui viennent au Hacking Health Camp et lancent des start-up ne font pas ça pour l’argent»

Pascal Zellner est un médecin qui aime se lancer des défis. Urgentiste en haute-montagne, fondateur de l’IFREMMONT, mais aussi geek, féru de code et pionnier du Hacking Health Camp, dont la prochaine édition se tiendra du 25 au 27 mars à Strasbourg.

What’s up Doc : Médecin et geek donc, racontez-nous votre parcours.

Pascal Zellner : Je suis médecin urgentiste depuis 1994, ça commence à faire. En 2005, avec Emmanuel Cauchy on a créé l’IFREMMONT, l’institut de recherches sur la médecine de montagne, avec des fonds européens. Une partie du contrat avec l’Europe était de tester des solutions de télémédecine dans les refuges. On était en 2005, donc la télémédecine c’était peau de chagrin. Une seule solution existait, c’était la grosse valise de l’Agence Spatiale Européenne. On avait les crédits, on en a acheté une. C’était une espèce de grosse malle, on l’a montée au refuge sous le regard hilare de tous. Et quand on l’a branchée, elle ne fonctionnait pas. Nous étions face à un dilemme : on avait un engagement à tenir vis-à-vis de l’Europe, mais on n’avait pas la solution technique. Alors on ne s’est pas démonté, on a créé notre propre équipe, et on a développé notre solution de télémédecine qui a été la première mallette nomade de télémédecine qui fonctionnait partout dans le monde. C’est comme ça qu’on est arrivé à faire du code et de la transmission de données. Et puis on ne s’est jamais arrêté.

 

D’où le lien avec le Hacking Health Camp qui mélange santé et innovation ?

P. Z. : Je me suis inscrit au Hacking Health Camp car on travaillait avec un industriel sur un projet de télé-monitoring un peu particulier. Donc j’ai emmené une partie de l’équipe de cet industriel et on s’est lancé comme défi de connecter un téléphone au DMP. Tous les éditeurs disaient que se connecter au DMP c’était très compliqué voire impossible. Et c’est vrai qu’à l’époque le DMP c’était une sacrée usine à gaz qui ne fonctionnait pas. Et bien en trois jours on a créé une application qui permettait d’accéder au DMP des patients pour connaitre leurs antécédents, leurs traitements médicamenteux. Ça s’appelait DMP mobile, et on a gagné deux prix lors de cette édition. Depuis j’ai fait toutes les éditions, et dorénavant je suis coach pour les équipes.

 

Que vous apporte ce Camp chaque année ?

P. Z. : Cette notion de Hacking Health Camp pour faire avancer la santé, c’est une notion qui nous est chère à l’IFREMMONT depuis toujours. C’est toujours intéressant de conseiller les collègues qui arrivent avec un projet. Et de voir un peu ce qui sort de ces 3 jours.

 

Quel est le profil des médecins qui viennent participer ?

P. Z. : Ils arrivent avec un projet, et puis ils créent une équipe et ils essaient de développer l’idée sur trois jours pour voir si le concept peut vraiment être mis en place. Parfois ce sont des équipes médicales, des équipes d’addictologie, de gynéco, de gériatrie, qui arrivent avec une idée et qui profitent du Camp pour avoir accès gratuitement à un panel de développeurs et voir si c’est possible d’aller plus loin.

Certains autres médecins viennent, parce qu’ils sont passionnés pas le code et qu’ils veulent s’intégrer dans les équipes.

Une troisième catégorie s’occupe de projets qui sont prêt à sortir. Ils sont prêts à lever des fonds et à créer de vraies entreprises. Parfois ce sont des idées qui paraissent très simples. Je me souviens d’une interne en gynéco qui était arrivée avec une idée de sex-toy pour la rééducation du périnée chez les femmes. Et on avait tous ri, et ils avaient gagné un prix et c’est devenu une vraie boite internationale. (Fizimed, ndlr)

 

Est-ce que certains médecins ont fait fortune en lançant leur start-up ?

P. Z. : Les médecins qui viennent ne font pas ça pour l’argent. Après quand ça marche et que ça devient bénéficiaire, c’est le petit plus, la petite cerise sur le gâteau. Il y a beaucoup de médecins qui viennent, issus du monde hospitalier, et c’est un monde qu’on a du mal à quitter, même s’il se dégrade. On n’arrive pas à s’en aller pour monter une start-up ou autre. De toutes les façons, il ne faut pas se dire on va monter une startup pour finir millionnaire.  On monte une startup pour tester un concept, et on va échouer d’abord une cinquantaine de fois avant un succès.

 

 

Portrait de Luc Angevert

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