Girls dhont cry

Ciné week-end : Girl, de Lukas Dhont (sortie le 10 octobre 2018).

Corps impatient: la description à la fois froide et poétique du complexe processus de transformation physique et psychique de Lara, jeune fille née dans un corps de garçon, dont le rêve est de devenir ballerine..."Girl" est un film d'initiation, et de confrontation à la limite, tout simplement bouleversant.

Ils ne sont pas si nombreux, les films à traiter vraiment de la question de l'identité de genre . Sans se perdre en route dans le mélo - façon Danish Girl - ou le baroque - façon Dolan. Elles sont tout aussi rares, les oeuvres qui savent concilier les opposés, les oxymores cinématographiques. Ainsi pourrait-on qualifier Girl, premier film impressionnant de maîtrise de Lukas Dhont, d'oeuvre à la fois nuancée et limpide, pudique et sans détour, clinique et poétique. Les ruptures de ton ne se font jamais aux dépens de l'évolution intime du film, rappelant en cela la progression dramaturgique des ballets auxquels Lara se destine.

Lara est née dans un corps de garçon. Son adolescence est traversée d'un double objectif, dont le point commun tourne évidemment autour de la question du corps : comment concilier la nécessité de mener avec la douceur nécessaire un délicat processus de réassignation et l'ambition de conformer son corps actuel et en devenir avec la discipline inflexible de la danse classique? Comment s’affranchir d’un corps que l’on doit maîtriser?  L'oxymore s'arrête là: dans les faits, c'est impossible.

Toute la force de Lukas Dhont est de nous faire croire, en harmonie avec son héroïne, que cette double contrainte lui est accessible. Il a l'astuce de ne pas alourdir le film de scènes abordant des thèmes trop évidents - comme le harcèlement social, bien réel, que subissent les personnes transgenres. Ces moments, dont la brieveté ajoute à leur violence, sont suffisamment clairsemés pour que soit maintenue le plus longtemps possible l'illusion de départ. Car Lara a des appuis nombreux, ce que ne manque jamais de lui rappeler son père, magnifique d'amour.

Et pourtant...si Lara danse apparemment de façon impériale, elle souffre à chaque seconde dans ce corps-prison et corsète toute émotion. Et les marques d'affection que lui témoigne sa professeure ne changent en rien la rudesse de son apprentissage. Lara s'épuise, malgré le soutien de tous. Malgré et peut-être à cause de son opiniâtreté. La caméra empathique de Lukas Dhont, au départ aérienne comme les premiers temps de Lara à l'école de danse, devient peu à peu vacillante, enfermant la jeune fille telle un insecte s'affolant sous la lumière. 

Légère en surface, à l'image du sourire de Viktor Polster - qui impose d'emblée l'évidence de la féminité intérieure de Lara -, la narration s'achemine vers une noirceur bien réelle, celle de la souffrance insondable à laquelle sont confrontés de nombreux transgenres. Mais laisse entrevoir, malgré le pire, la perspective d'un espoir. Ultime oxymore...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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