Fuite en arrière

Critique de "Serre moi fort", de Mathieu Amalric (sortie le 8 septembre 2021)

Elle s’en va. Au petit matin. Laissant derrière elle mari et enfants. Qu’est-ce qui pousse ainsi Clarisse à refuser de se confronter à cette partie de sa vie, tout en restant obsédée par celle-ci ? Entre poésie et mélo, forme légère et fond plus que grave, le nouveau film de Mathieu Amalric, malgré d’indéniables qualités, échoue à trouver un équilibre et à nous faire supporter l’insupportable.

On ne peut pas vraiment raconter sur quoi repose l’histoire de Clarisse, aussi est-il encore plus difficile d’expliquer pourquoi, hélas, Mathieu Amalric n’a pas réussi à nous entraîner dans son travail d’adaptation d’une œuvre qui, à n’en point douter, l’a profondément touché. Habité par ce film, qui a connu les affres du confinement et des reports de sortie, il l’est sans aucun doute. Un film qui a connu plusieurs vies, plusieurs bifurcations dans l’écriture et le montage, et qui, si l’on en croit ce qu’il a pu confier lors de l’avant-première à laquelle nous assistions, aurait pu nous gêner bien plus s’il en était resté à son idée de narration première – le fameux twist final. C’est mettre à son crédit d’avoir renoncé à cela, d’avoir pris conscience de l’indécence qu’il y aurait eu à nous prendre à ce point au piège de l’émotion face à laquelle il s’est lui-même trouvé bien embarrassé. C’est peut-être par ricochet que cet embarras nous a atteint, nous empêchant d’accéder totalement à cette émotion bien trop paralysante.

Ce qui est également gênant, c’est d’avoir conscience qu’en remettant en cause ce sur quoi ce film repose, on en est presque condamnés à le rejeter, ainsi que le travail qu’il a nécessité, qui est visible à l’écran, et qui n’est pas le problème. Serre moi fort est un film bien mis en scène, le travail sur le son est remarquable, et Amalric garde le talent d’insuffler sa légèreté bien à lui dans chaque scène, travaillée comme un tableau au sein duquel il se plaît à confronter différents univers, jamais dissonants en eux-mêmes. La dissonance, cette fois, concerne l’ensemble de l’œuvre. Premièrement parce que, dès lors que l’on est au fait de ce qui motive réellement Clarisse, de ce qui constitue le noyau de son immense souffrance, le film s’expose irrémédiablement à l’érosion progressive. Mais surtout parce qu’insuffler à ce point une forme de burlesque dans un matériau aussi lourd nécessite une adresse qu’Amalric échoue à maintenir sur la longueur, nous faisant progressivement osciller entre lassitude et besoin d’échappatoire.

Reste la déception d’être passé à côté d’une œuvre honnête, qui tente à sa façon d’aborder le problème crucial des stratégies que l’esprit est capable de mettre en place pour tenter de surmonter un traumatisme, et de leurs limites. La progression du personnage interprété avec un douce folie par Vicky Krieps l’illustre parfaitement. N’hésitez donc pas à prendre le risque d’être pleinement touchés….

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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