#DocteurGreen – Hygiène hospitalière et environnement : deux planètes qui ne se parlent pas

Le soleil a rendez-vous avec la lune…

Les spécialistes de l’environnement à l’hôpital dénoncent souvent une culture du matériel à usage unique qui alourdit l’impact environnemental des établissements. Quel est l’avis des professionnels de l’hygiène sur cette question ? What’s Up Doc est allé chercher celui du Pr. Pascal Astagneau, directeur du CCLIN Paris-Nord.

 

Parler d’environnement avec un spécialiste de l’hygiène hospitalière, c’est un peu comme discuter de la fonte des glaciers avec un Touareg. Non pas que le Pr Pascal Astagneau, directeur du Centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales de l'inter-région Nord (CCLIN Paris-Nord), y mette de la mauvaise volonté. Ses préoccupations sont tout simplement ailleurs. Son job, c’est d’éviter les transmissions de maladies à l’hôpital, pas d’atténuer le changement climatique.

Quand on demande à ce professeur de santé publique si l’utilisation immodérée du matériel à usage unique à l’hôpital n’est pas en contradiction avec les objectifs de réduction de l’empreinte écologique des établissements, son premier réflexe est de défendre le tout-jetable. « L’usage unique a été un progrès majeur pour le risque infectieux dans les soins médicaux », nous explique-t-il avec raison. « Il ne viendrait plus à l’idée de personne de stériliser les aiguilles de perfusion ».

Bien sûr, le Pr Astagneau n’est pas hermétique à la question des déchets. « Evidemment, ça fait du consommable, et il faut évacuer ces DASRI [Déchets d'Activités de Soins à Risques Infectieux, ndlr] », reconnait-il. « Mais cela ne devient réellement un problème que si c’est mal géré ».

Approche économique

Ne pourrait-on pas tenter de réduire (au moins un peu) la quantité de déchets produite en amont, plutôt que de se contenter de gérer les flux en aval ? « Cela dépend de quoi on parle », répond Pascal Astagneau qui reconnaît que, pour un dispositif à usage unique tel qu’une sonde électro-systolique, par exemple, la question de la réutilisation se pose. Mais son approche est avant tout économique : « Cette sonde coûte 15 000 €. Sachant que jamais personne n’a démontré qu’il y a un risque infectieux à la réutiliser une fois ou deux, le débat est ouvert ».

Mais pour le matériel moins coûteux, qui constitue le gros des déchets produits à l’hôpital, l’hygiéniste est perplexe. « C’est compliqué de globaliser la réflexion », admet-il. En cherchant bien, il trouve pourtant des zones de progression. « C’est vrai que souvent, on se sert de gants stériles quand des gants standards suffiraient. Idem pour les masques, qui sont, la plupart du temps, très mal utilisés ».

A la fin de l’interview, n’y tenant plus, nous lui demandons si c’est la première fois qu’il aborde cette problématique. « Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu une longue conversation sur ce sujet-là », avoue-t-il. « On nous parle plus souvent effluents [produits toxiques liquides que les hôpitaux rejettent dans le système d’évacuation des eaux, ndlr] ». Il reconnaît que la question des déchets a aussi son intérêt, avant de prévenir : « Je ne sais pas quelle sera la réponse ».

Elle a au moins le mérite d’être posée.

Source: 

Adrien Renaud

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