Déserts médicaux ? Plutôt bacs à sable médicaux !

Quand Olivier Veran joue le trouble-fête à la 9ème Edtion de l'Atlas du CNOM

La matinée-débat de sortie de la 9ème édition de l'Atlas de la démographie médicale du CNOM s'est déroulée avec ses membres Jean François Rault et Patrick Romestaing, mais aussi Dominique Polton de la CNAM, Jean-Yves Grall des ARS, Etienne Pinauldt du CGET. Et… Olivier Veran, ancien député et rapporteur de la loi sur la modernisation du système de santé. Sans langue de bois, ce dernier fait le constat de l'échec démographique. 

A commencer par la question des capacités de formation qui, selon lui, est un enjeu fondamental. "On manque cruellement de médecins en France. La seule question est : "est ce qu'on préfère importer des médecins étrangers ou est-ce qu'on préfère former davantage de médecins français, quitte à les exporter ?". Il prend l'exemple des médecins roumains, de plus en plus nombreux à travailler en France. "J'ai reçu le ministre roumain de la Santé il y a un an et demi au Parlement, il me disait si vous pouviez arrêter de payer des gens qui viennent nous piquer nos médecins qu'on forme pour 40 000 euros par an, parce que nos déserts médicaux se creusent". Le monde médical doit s'atteler à cette question aujourd'hui.

Olivier Veran réfute l'idée du désert médical dans sa terminologie. "Les médecins ne sont pas des déserteurs. Ce n'est pas parce qu'un médecin ne va pas s'installer dans un territoire où la patientèle serait en attente d'un médecin qu'on peut le considérer comme un déserteur. Qu'est ce qu'un déserteur ? C'est quelqu'un qui fuit devant l'enjeu. Ce terme doit changer." Il ironise en utilisant de manière provocatrice le terme de « bacs à sable médicaux », qui rend davantage compte d'une carte léopard avec des bassins de vie déshérités en médecins bien plus que des régions. "On ne peut pas parler dans la même semaine dans la presse du burn-out des médecins, du ras le bol de la profession et considérer que les jeunes médecins qui ne veulent pas faire la même chose puissent être des déserteurs".

Il s'appuie sur une étude utilisant l'indice de Theil, qui compare l'accessibilité de la population française par bassin de vie (2600 zones territoriales) à 150 services publiques et privés (l'école, les transport, l'emploi...). "Les médecins généralistes se classent 3ème derrière les boulangeries et les salons de coiffure. On n'a pas donc pas de problème massif, national d'organisation". La densité moyenne des médecins généralistes en région la plus faible est en Picardie avec 0,7 ou 0,8 pour 1000. "Au delà de 0,7 ou 0,8 en Allemagne, Italie, Espagne, on considère que vous êtes en voie de surdotation et on met en place des freins à l'installation !"

Autre enjeu majeur, l'évolution de la structure même de la médecine. "La jeune génération dont je fais partie va connaître un bouleversement de l'exercice de la médecine". Les jeunes médecins remplaçants qui diffèrent leur installation année après année, en est l'exemple premier. "Je ne suis pas sûr qu'un médecin qui va remplacer pendant 5, 6, 7 ans en changeant de territoire régulièrement, soit un jeune médecin qui n'ait pas envie de s'installer parce qu'il a peur de l'installation. Ce n'est pas un mode par défaut de la médecine, je crois que c'est un nouveau mode d'exercice de la médecine et on sera surpris dans 10 ans de voir que des médecins remplaçants vraiment dans la durée et que ce n'est pas forcement une catastrophe."

Aussi la démographie médicale n'a pas fini de faire débat !

Source: 

Chloé Rayneau

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