Crise de l’hôpital : l'académie de médecine détient (toutes) les solutions !

L'académie de médecine fait des propositions (incroyables) pour sortir de la crise de l’hôpital dans un rapport récent. Préconisant une gouvernance hospitalière avec un binôme composé d'un directeur administratif et d'un directeur médical. Et bien plus encore.
 

Dans un rapport intitulé "L'hôpital en crise: origines et propositions", l'académie de médecine analyse les origines de la crise de l’hôpital public. Le texte a été adopté lors de la séance du 12 février, suite à l'audition de 32 personnalités du monde de la santé. Et attention, ça envoie du lourd, du très très lourd !
 
Si la crise au sein de l’hôpital public est « largement commentée par la presse et les médias audiovisuels », elle en « en réalité plus ancienne » car de nombreux rapports lui ont été consacrés depuis une dizaine d’années, rappellent les sages à qui on ne la fait pas.
 
Et de décliner des propositions concernant la gouvernance de l’hôpital, les nouvelles modalités de financement, la réinsertion de l’hôpital dans son environnement ou la situation des personnels médicaux.
 
Et c’est parti pour le florilège de préconisations toutes plus folles les unes que les autres ! Tout d’abord, l'académie de médecine considère que "la gouvernance de l’hôpital ne doit plus être uniquement assurée par le directeur général de l'hôpital". D’après elle, "le monopole de la formation des directeurs au sein d’une école unique doit être abandonné pour permettre le recrutement de profils diversifiés". Une belle preuve d’ouverture d’esprit.

 
Un binôme directeur administratif et directeur médical

Décidés à montrer à tous ceux qui pourraient penser le contraire qu’ils n’ont pas perdu leur sens de créativité, les sages ont eu la merveilleuse idée de proposer aux médecins de participer "à la gouvernance de l'hôpital dans lequel la grande majorité d’entre eux font leur carrière", ceci afin de créer un binôme directeur administratif (ancien directeur) et directeur médical (ancien président de la CME). La CME étant bien sûr la commission médicale d'établissement (CME), mais avait-on besoin de le préciser ?
 
L'académie de médecine se dit également favorable à un rôle renforcé de la CME "en redonnant à son président, assisté d’une équipe administrative, la responsabilité et la signature sur toutes les questions médicales".
 
Ces nouvelles attributions concerneraient les "nominations et gestions des carrières", les "équipements médicaux, orientations médicales de l’établissement en fonction des progrès médicaux et de l'environnement territorial, avec allocation de moyens matériels et humains dédiés".
 
A les lire attentivement, on finit par comprendre que ces propositions sont le fruit d’une mûre réflexion. Plus mûre tu meurs. Car "un pilotage démocratisé, fluidifié et simplifié est source de motivation et d’efficacité, permettant de rapprocher les visions administrative et médicale actuellement divergentes". C’était donc ça !
 
Mais ce n’est pas du tout car les sages ont décidément pensé à tout. Devinez-quoi ? Hé bien sachez qu’ils proposent, en guise de garde-fou "une formation au management médico-économique" comme "prérequis indispensable". 
 
Et d’ouvrir une parenthèse sur la direction des soins qui "doit être sous la responsabilité conjointe du directeur administratif et du directeur médical". D’où cette proposition lumineuse : mettre en place un triumvirat pour les CHU qui associerait le "directeur administratif (ancien directeur général), un directeur médical (ancien président de la CME) et directeur universitaire (doyen de la faculté ou par délégation vice-doyen à la recherche)"
 

Donner aux hôpitaux une autonomie par rapport à l’Etat

Les sages ont de la suite dans les idées. Puisqu’ils considèrent qu’il est nécessaire de "donner aux hôpitaux une autonomie par rapport à l’Etat". Comment ? "En régionalisant les responsabilités politique, budgétaire et financière à l’instar des grands pays anglo-saxons et européens, des hôpitaux militaires, des CRLCC (centres régionaux de lutte contre le cancer) et des hôpitaux de fondation", fait valoir l'institution.
 
Et puisque que toutes les solutions sont bonnes (enfin presque) pour essayer de sortir de cette crise, l'académie de médecine a également formulé une proposition concernant le capacitaire. Considérant que "la qualité et la valorisation d’une discipline" ne devraient pas être associées au nombre de lits.
 
Et de laisser parler leur imagination : "Le nombre de personnels soignants ne sera plus corrélé au nombre de lits: maintenir des lits vides doit être possible, garantissant souplesse et flexibilité et permettant de faire face aux variations saisonnières des pathologies".
 

Diminuer le poids de la tarification à l’activité

Mais ce n’est pas tout ! Car les sages se sont également mêlés de la sacro-sainte question financière, prônant de privilégier la qualité, notamment "le résultat clinique obtenu par les soins prodigués au malade"
 
Certes, « le contrôle des dépenses est indispensable » pour l’académie, mais il paraît nécessaire de faire évoluer le processus de tarification : « A minima, il faudrait diminuer le poids de la tarification à l’activité, la réserver à certaines pathologies, simplifier le nombre d’actes, rendre la tarification plus lisible et prioriser les GHS (groupes homogènes de séjours, ndlr) qui regroupent actes et frais de personnel »
 
Enfin, les sages se disent favorables au plan "Ma santé 2022". Ils estiment en effet que les groupements hospitaliers de territoire (GHT) représentent une "pièce essentielle de la réorganisation territoriale du système de santé" et jugent nécessaire de "favoriser la complémentarité" entre établissements "surtout entre CHU, CHG, hôpitaux de proximité et médecine de ville". 
 
Mais comment gérer l'offre sur le territoire ? Tout dépendra de la capacité des ARS à supprimer "les strates hiérarchiques qui retardent toutes les décisions et découragent les initiatives", à déléguer "vraiment la responsabilité sur la base d’un contrat d’objectifs prioritaires clairs en concertation avec le GHT", à "faciliter la mise à disposition d’outils numériques flexibles et de la télémédecine" et à "évaluer, à partir de marqueurs de résultats, l’accessibilité et le parcours de soins", estiment les sages. 
 
Preuve en est : ils recommandent de "réorganiser l’activité des médecins en réduisant le temps consacré aux charges administratives, en privilégiant le temps médical et en modulant leur activité par périodes plus particulièrement dédiées aux soins, à la recherche ou à la formation". Juste… !!!!
 
Merci qui ? Les sages bien sûr.

Portrait de Julien Moschetti

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