Coup dur pour la télémédecine ?

La télésurveillance des maladies chroniques en débat

D’après une étude américaine, la télésurveillance des maladies chroniques ne permet pas d’alléger le recours aux soins. Coup dur pour la télémédecine ou échec à relativiser ? Analyse avec le Dr Pierre Simon, ex-président de la Société française de télémédecine.

 

Médecine 3.0, e-santé, télémédecine… Si l’intérêt d’un concept se mesure au nombre de buzz words et d’articles qu’il engendre, nul doute que la santé connectée sauvera le monde. Mais une fois n’est pas coutume, tempérons nos ardeurs technophiles avec l’histoire d’un échec : celui de l’étude américaine Wired for Health – « branché pour la santé » en français.

Des chercheurs du prestigieux Institut Scripps, à San Diego, ont souhaité montrer le bénéfice de la télésurveillance des maladies chroniques. Ils ont ainsi fourni à leurs patients malades des capteurs – tensiomètre, lecteur de glycémie et électrocardiographe –, connectés à un smartphone et à une plateforme web de gestion de la santé. Les données produites faisaient bien sûr l’objet d’une surveillance médicale.

L’étude, contrôlée et randomisée, devait montrer la supériorité de la télésurveillance en termes de sollicitation du système de santé. Las, le dispositif n’a produit aucun bénéfice à court terme par rapport au groupe contrôle, que ce soit en nombre d'hospitalisation et de séjours aux urgences, ou en frais médicaux engagés pendant les six mois qu’aura duré la surveillance.

Les effets de la télésurveillance moins nets qu'espéré

« C’est une déception », admet Eric Topol, auteur sénior de l’étude et ardent défenseur de la santé connectée, avant de tempérer : « la bonne nouvelle, c’est que le fardeau économique n’a pas augmenté. » L’attente était pourtant forte si l’on en juge aux commentaires qui ont fleuri sur la toile. Tantôt déçus, tantôt critiques, ils pointent notamment la faible taille de l’échantillon (160 patients), une durée de suivi réduite, ou encore un dispositif trop… déconnecté de la réalité du patient.

Et si le problème n’était pas (seulement) méthodologique ? En 2013, le National Health Service britannique concluait à l’absence de résultats positifs de la télésurveillance des maladies chroniques, en matière de coût-efficacité et de coût-utilité. Or l’étude, au nom intrépide de Whole System Demonstrator, portait sur plus de 3000 patients évalués pendant un an. Difficile, dans ces conditions, d’incriminer le manque de puissance statistique.

Les secrets d'une bonne télésurveillance : ciblage et réactivité

« Trouver un impact sur la santé en six mois, c’est un peu illusoire », estime le Dr Pierre Simon, ancien président de la Société française de télémédecine (SFT-Antel) et auteur d’un ouvrage récent sur la question. « La plupart des maladies chroniques, surtout lorsqu’elles sont stabilisées, n’ont pas d’impact sur la santé avant plusieurs années. »

Pas de quoi jeter le bébé avec l’eau du bain, pour Pierre Simon, qui considère comme essentiel de cibler des pathologies avancées. « Surveiller un hypertendu, ça n’a aucun intérêt s’il est équilibré. Il faut identifier les besoins de santé : les patients qui vont très souvent chez le médecin pour une tension non contrôlée, ceux qui vont aux urgences, etc. » Il importe également, précise-t-il, que la télésurveillance soit synchrone, c'est-à-dire capable de réagir immédiatement aux alertes.

Ciblage et réactivité seraient donc les deux mamelles d’un système de télésurveillance digne de ce nom. « On se rend compte que la télésurveillance, lorsqu’elle est synchrone, avec des professionnels de santé qui dialoguent en permanence avec les patients, a bien un impact sur la fréquentation des urgences et les hospitalisations, et même la mortalité », conclut-t-il. Nous voilà rassurés, et technophiles à nouveau.

Source: 

Yvan Pandelé

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