Urgences : le pouvoir est à Bercy

Il y a peut-être un problème

L’Amuf dénonce à nouveau le système de restriction budgétaire des hôpitaux, responsable de la situation de tension des urgences françaises, pour les patients qui meurent sur des brancards comme pour les soignants, victimes de burnout. L’association a une idée pour récupérer 4 milliards d’euros.

« 56 % des certificats de décès sont rédigés par des urgentistes ». Ce que rappelle ainsi le Dr Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 20 mars, c’est que la mort fait partie intégrante des services d’urgences. Mais pas n’importe comment. Pas comme les patients qui ont fait l’actualité de ces dernières semaines.

On y meurt désormais prématurément, après des heures d’attente sans prise en charge, on y meurt sur des brancards, on y meurt dans les couloirs bondés de services qui, malgré les efforts désespérés des personnels soignants, ont perdu leur humanité.

Pour Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Amuf, les urgences craquent de partout, mais ce n’est qu’un « miroir grossissant » de l’état de l’hôpital en France. « Si on ne traite pas le système de santé, on est tous morts ! ».

Moins de lits, plus de patients

Ce que l’Amuf conteste, c’est toujours la politique d’économies imposée aux hôpitaux, qui se traduit inexorablement par des fermetures de lits, de services d’hospitalisation, et de services d’urgences. Christophe Prudhomme parle d’une « grande escroquerie des ARS », qui imposent des seuils d’activité pour les urgences. « Il fallait plus de 8 000 passages par an pour maintenir l’activité, puis 10 000, maintenant 12 000 », dénonce-t-il.

Mais un service d’urgence ne se juge pas par le nombre de passages. « Le seul critère de qualité est la nécessité de l’existence d’un service d’urgences ouvert 24 heures sur 24 à moins de 30 minutes du domicile de tout citoyen ». Leur demande : un moratoire sur la fermeture des lits pour, à l’inverse, en rouvrir. « Plus de 100 000 lits ont été fermés dans les services en 20 ans, alors que depuis 1988, le nombre de passages aux urgences a augmenté de 8 à 21 millions », rappelle Patrick Pelloux.

Il manque 2 000 médecins aux urgences, et chaque année, 100 à 200 abandonnent le métier face à la difficulté des conditions de travail, d'après les deux responsables de l'Amuf.

Il faut tout changer

Comment traiter le système ? En agissant à tous les niveaux. Côté hôpital, l’Amuf souhaite un moratoire sur les fermetures de lits, aux urgences comme ailleurs, que d’autres soient ouverts dans des services de médecine polyvalente, pour la prise en charge des maladies chroniques, et en médecine interne, où les spécialistes viendraient porter leur expertise. Elle demande également l’arrêt des regroupements régionaux des centres de Samu, et la médicalisation des Ehpad. « Avec une présence infirmière 24h/24 et des astreintes médicales, on préviendrait huit passages sur dix aux urgences », estime Christophe Prudhomme.

En ville, elle se positionne sur les centres de santé. Car les patients ne se rendent pas aux urgences sans raison, mais simplement parce qu’ils ne trouvent plus de médecin qui peut les recevoir, ou que tout est disponible sur place pour les prises de sang ou l’imagerie.

Sur la formation, l’Amuf demande de former moins de spécialistes, et plus de généralistes. Qu’au moment des ECNi, des spécialités prioritaires soient désignées, et que des avantages soient accordés aux internes qui les choisiraient. Mais tout cela prendra des années. Elle se positionne donc pour la délégation de tâches vers des infirmières, notamment des infirmières spécialisées, dans des cursus universitaires à bac+4 ou bac+5, voire plus. Elles pourraient libérer du temps médical aux urgences, et ailleurs. « Un gastro qui passe sa journée à faire des fibroscopies est mal employé », estime ainsi Patrick Pelloux.
 
Plus que critiques, en colère

Où trouver l’argent ? Sur la fiche de paie des hospitaliers. C’est la proposition de Christophe Prudhomme… Mais ça n’est pas ce que vous croyez ! « Il y a une taxe sur les salaires, qui représente 12 % de l’ensemble des salaires des hospitaliers, ce qui fait 4 milliards d’euros par an », explique-t-il. Un impôt injuste, pour l’urgentiste, qui plombe les comptes des hôpitaux, endettés à plus de 30 milliards d’euros. « Mais le choix du Gouvernement s’est porté sur la suppression de l’ISF, pour le même montant… », déplore-t-il.

La survie d’un service public qui, quand il est financé, est « performant », est en jeu. Pour faire entendre son message et celui de l’ensemble des praticiens hospitaliers, l’Amuf s’est jointe au rassemblement organisé devant le ministère de la Santé ce mardi à l’initiative des 1 200 signataires d’une lettre adressée à la ministre de la Santé en septembre dernier. Une délégation a été reçue. Les urgentistes, et les hospitaliers en général, seront néanmoins présents lors du grand mouvement de défense du service public le 22 mars.

Les décès aux urgences après des heures d’attente qui ont été médiatisés ces dernières semaines auront permis de mettre la lumière sur l’état de fébrilité d’un système en perdition. « C’est un cri d’alarme pour les patients et les collègues », s’emporte Christophe Prudhomme. « Nous sommes plus que critiques, nous sommes en colère contre ceux qui nous gouvernent. Agnès Buzyn se targue d’être médecin, et de comprendre la situation. Moi, je la compare à Jean-François Mattei (1), qui était en t-shirt au bord de sa piscine et qui ne voyait pas que la canicule tuait ». En effet, il est en colère...

(1) Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées dans le premier Gouvernement dirigé par Jean-Pierre Raffarin.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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