« Souplesse, horaires fixes, exercice diversifié » : la vie en centre de santé

Les structures de soins coordonnés telles que les centres de santé attirent de plus en plus de médecins, séduits par les conditions de travail qu'offrent ces établissements, mais aussi par l'exercice que l'on y pratique. Témoignage.

 

C'est un peu par hasard que Laurence Casimir s'est retrouvée là, au centre de santé Rosa Parks, dans le 19e arrondissement parisien. A des milliers de kilomètres de son ancien lieu de travail. Après avoir exercé pendant dix ans en Guadeloupe, cette généraliste de 38 ans a voulu « tout changer, au niveau professionnel comme personnel. Alors j'ai quitté la Guadeloupe en 2018 et je suis arrivée à Paris », raconte-t-elle.

 

La première fois que le Dr Casimir a poussé les portes du centre Kersanté, c'était pour une consultation... pour elle-même. « En cherchant un médecin, je suis tombée par hasard sur le site du centre de santé... Et quelques mois plus tard, j'y étais embauchée ».

 

Le salariat, pratique et attractif

Il faut dire que la structure avait tout pour plaire à cette jeune médecin. A commencer par la possibilité d'y travailler en salarié – chose à laquelle aspirent de nombreux praticiens, notamment ceux issus de la nouvelle génération : parmi les 8600 nouveaux praticiens inscrits à l'Ordre en 2017, près de 63 % étaient salariés.

Avant d'arriver à Rosa Parks, je n'avais eu qu'un seul employeur, la clinique dans laquelle je travaillais en Guadeloupe. Je n'ai jamais connu le libéral... et je n'en ai pas très envie ! J'aime le fait de pouvoir me concentrer sur le cœur du métier, ne pas avoir à m'occuper de l'administratif, de la gestion... Et puis j'ai deux enfants ; pour moi, c'est primordial de pouvoir couper pour de bon avec le travail une fois que je quitte la blouse. Cela me semble plus compliqué en libéral, quand une soirée de paperasse vous attend après votre journée de boulot...

Pas d'administratif à gérer : c'est là l'un des grands avantages du salariat des médecins. Lequel va souvent de pair avec un principe, étranger à de nombreux libéraux : des horaires fixes. « Je fais du 8-18h ; je n'ai jamais quitté le centre après 18h30. C'est nous qui gérons notre emploi du temps sur Doctolib », explique la généraliste.

 

Travail en groupe

Cette souplesse dans les conditions de travail, elle est aussi garantie par le fait d'exercer à plusieurs. En cas d'absence de son médecin, le patient est pris en charge par un autre médecin du centre, avec à la clé, une optimisation des parcours de soins, sans perte d'information. « Le mercredi, je ne travaille pas ; mais je suis sereine, je n'ai pas à chercher un remplaçant, les confrères prennent la relève. Travailler à plusieurs, c'est confortable. Quand on a une question, il suffit de toquer à la porte du voisin. Et puis, il y a une bonne ambiance entre nous !»

 

Travailler en groupe, échanger avec ses confrères, avoir une approche multidisciplinaire... C'est l'autre raison qui a poussé le Dr Casimir, comme bien d'autres médecins, à postuler en centre de santé. La médecine coordonnée qu'on y pratique est source de richesse pour les praticiens, qui sont incités à développer des projets en ce sens.

 Nous avons monté un projet pour intégrer du temps infirmier et faire de l'éducation thérapeutique avec les patients atteints de maladies chroniques – HTA, diabète, obésité, mais aussi sevrage, troubles cognitifs de la personne âgée... Les séances vont bientôt démarrer, se réjouit la généraliste.

 

« Un vrai plus pour notre pratique »

L'éducation thérapeutique est une notion à la mode, mais c'est aussi un mode de fonctionnement qui fait ses preuves ; tout le monde sait que dans la pathologie chronique, seule une prise en charge globale a du sens. Par ailleurs, les patients ont un rapport différent avec les infirmières qu'avec les médecins ; ils disent plus de choses, ou différentes. Je suis ravie de pouvoir mettre en œuvre ce projet ici ,

poursuit cette praticienne qui a participé en Guadeloupe à un projet d'éducation thérapeutique de préparation à la chirurgie bariatrique, en partenariat avec la Pitié-Salpêtrière.

Là, la patientèle sera plus large, d'âges et de profils variés... C'est un vrai plus pour notre pratique, de pouvoir se diversifier comme ça.

Si les centres de santé permettent le déploiement de tels projets, c'est qu'ils sont organisés pour le faire. Dans le centre Rosa Parks, les praticiens qui le souhaitent peuvent avoir du temps de coordination – du temps rémunéré hors consultation, consacré à la mise en œuvre des protocoles de soin, aux échanges interdisciplinaires...

On n'est pas obligé de prendre ce temps après notre journée de travail.

 

Une plongée dans les centres de santé signée Kersanté et What's Up Doc. 

Portrait de Marion Guerin

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