SNOF : le Dr Thierry Bour réélu à l’unanimité

Et on l’avait vu venir

Au cours d’un scrutin où il était le seul candidat à sa propre succession, le Président du syndicat des ophtalmologistes s’est vu accorder un mandat supplémentaire de 3 ans. Pas de révolution prévue dans la profession, mais ce délai sera l’occasion de mettre en place les réformes passées en 2017.

Il y a des matchs avec plus de tension que d’autres. Celui qui opposait le Dr Thierry Bour, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof), aux candidats à sa succession fut plutôt tranquille. Ces derniers étaient tout simplement absents.

Le Dr Bour a donc été réélu à l’unanimité pour un mandat supplémentaire de 3 ans. Ce temps sera dédié à la mise en place des réformes imaginées et validées lors du précédent. L’objectif principal : rétablir une démographie et une répartition des effectifs correctes. La spécialité est en effet celle qui fait attendre les patients le plus longtemps : le délai d’attente avant l’obtention d’un rendez-vous s’élève aujourd’hui en moyenne à 100 jours, et parfois bien au-delà. Dans le Nord-Est, il faut en compter 50 de plus.

Contacté par What’s up Doc, le président fraîchement réélu explique ce qu’il compte faire de ce nouveau mandat.

What’s up Doc. À vaincre sans péril, ne triomphe-t-on pas sans gloire ?

Thierry Bour. Je préfère voir cette réélection sans concurrence comme un consensus ! Si personne ne s’est présenté contre moi, c’est certainement que mes confrères étaient contents du travail effectué lors de mon précédent mandat.

WUD. Avec les troisièmes plus gros revenus des médecins, les ophtalmologues ne sont pas tellement du genre à se plaindre. Le poste de président du Snof est-il une planque ?

TB. C’est vrai que c’est la spécialité la plus prisée par les étudiants, et l’une des mieux payées. La diversité de la pratique entre les activités médicales, chirurgicales et d’imagerie attire aussi beaucoup les étudiants. Mais c’est une spécialité en pleine évolution, avec de nombreux chantiers à terminer. Nous avons complètement remis en question l’organisation de la profession depuis 5 ou 10 ans. Diriger le syndicat est un travail prenant, car nous devons discuter avec de nombreux interlocuteurs : médecins, Gouvernement, Assurance Maladie, orthoptistes, opticiens, et tout le secteur industriel.

WUD. Qu’allez-vous faire pendant les trois années à venir ?

TB. Nous allons continuer le travail de ces dernières années, notamment pour lutter contre la pénurie d’ophtalmologistes en France. Il faut étendre la coopération avec les orthoptistes et les opticiens. Les nouvelles modalités de renouvellement d’ordonnances ne sont pas encore en place, et les contrats de coopération permettant l’embauche d’orthoptistes dans les cabinets d’ophtalmologie ne seront lancés qu’à partir de janvier. Pour l’instant, seuls 40 à 45 % d’entre eux profitent du travail aidé – ils étaient 30 % en 2015. Nous aimerions atteindre 60 % dans les trois ans.

WUD. Le problème est toujours le même : le manque de praticiens.

TB. Et des départs à la retraite sont encore à prévoir. Ils seront en grande partie responsables d’une chute du nombre d’ophtalmologistes de 15 à 20 % dans les 10 ans à venir. Il en faudrait 350 nouveaux chaque année, mais nous n’en formons que 150. Avec les évolutions prévues, qui vont limiter la casse ; on pourrait se contenter de 200.
En plus des contrats de coopération, la réforme du 3ème cycle va permettre de mettre des internes en stage dans les cabinets médicaux. Ce qui va aider à la fois à réguler la démographie générale, mais aussi, nous l’espérons, à une meilleure répartition sur le territoire.

WUD. D’autres chantiers à prévoir ?

TB. Nous allons devoir travailler sur la télémédecine et la téléexpertise, et définir des cotations dans le cadre conventionnel avec l’Assurance Maladie. Nous suivons également avec intérêt l’arrivée de l’intelligence artificielle, avec par exemple la lecture automatique des clichés de la rétine. Technologiquement, nous sommes déjà en phase de pré-commercialisation, et il va maintenant falloir trouver comment intégrer cette évolution dans la pratique.

WUD. Et ensuite ? Juré, c’est votre dernier mandat ?

TB. Il est encore bien trop tôt pour le dire ! S’il n’y avait pas d’autre candidat cette année, c’est peut-être aussi que le travail rebute un peu. Il faudra voir en fonction de la relève.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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