Psychiatrie : Les parlementaires dans les unités !

« Maintenant j’ai vu »

Le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) invite les parlementaires à se déplacer dans les unités de soins psychiatriques, afin qu’ils se rendent compte des difficultés rencontrées par la profession.

« Je savais, on me l’avait dit. Mais je n’avais pas vu. Maintenant j’ai vu. » C’est ce qu’avait déclaré sur sa page Facebook la députée de la Somme Barbara Pompili, après la visite du CHS Philippe Pinel d’Amiens début novembre. Bouleversée par ce qu’elle avait pu observer dans les unités,   elle dénonçait notamment le manque criant de personnels, para et médicaux. « Un système aveugle est en train de nous faire revenir en arrière sur la manière dont nous traitons nos plus vulnérables. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire des économies ici », indiquait la députée dans son post, partagé par près de 2 000 internautes.

Une spécialité au carrefour de nombreuses difficultés

C’est ce type de témoignage que le SPH veut multiplier, pour que les parlementaires (députés et sénateurs), tous bancs confondus, réalisent « le décalage entre les ambitions et les moyens » et pour « ne pas se contenter des clichés sur psychiatrie. » Et le SPH de rappeler dans son communiqué les difficultés que rencontrent ses médecins : crainte de la disparition d’une organisation « spécifique préservée et reconnue », noyée dans la mise en place des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) ; « augmentation des mesures de soins sans consentement » ; réduction du nombre de lits et durée moyenne de séjour en recul.

Le virage ambulatoire ne peut pas se déployer en psychiatrie comme ailleurs, expliquent les spécialistes. Mais c’est aussi la diversification des tâches qui est pointée du doigt : alors que les patients sont de plus en plus nombreux - 2 millions, 60 % de croissance en 10 ans selon la DREES (1), citée par le SPH - les psychiatres se plaignent de la « pression des partenaires et des administrations pour augmenter (leurs) interventions dans des lieux multiples ».

La coupe est pleine

Urgences, prisons, maisons de retraites… les psy sont sur tous les fronts « pour des missions disparates (…) et pour tous les âges. » La coupe est pleine pour des médecins de moins en moins nombreux : de 8 % à 47 % de réduction du nombre de soignants en 15 ans selon les chiffres de l’IRDES (2), cités par le syndicat. « Le quotidien des services est de faire des choix permanents dans les types de prises en charge à privilégier », explique le SPH.

« Plusieurs établissements manifestent depuis plusieurs mois leur impossibilité à concilier, sans risques et sans perte de qualité, la nécessité de devoir répondre aux injonctions et jugements contradictoires que la société française porte sur sa psychiatrie », tranche le syndicat, qui appelle les parlementaires à être le relais de leurs inquiétudes, en faisant usage de l’article L.3222-4-1 du Code de la santé publique. Un droit qui les autorise à visiter à tout moment les établissements de santé. Alors, à qui le tour ?

(1) Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques. 

(2) Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé. 

Source: 

Thomas Moysan

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