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Les besoins, les conditions d’exercice et les opportunités varient fortement selon les territoires, les spécialités et les établissements. Deux grands profils se retrouvent néanmoins régulièrement, en dehors des internes effectuant un inter-CHU.
Alex, anesthésiste-réanimateur parti à La Réunion, en Martinique et en Nouvelle-Calédonie, distingue, d’une part, les jeunes fraîchement thésés qui prennent un poste ou effectuent un remplacement après l’internat, le clinicat ou l’assistanat et, d’autre part, les médecins en fin de carrière qui, n’ayant plus d’enfants à charge, aspirent à d’autres horizons.
Mais, au-delà de ces grandes tendances, tout est possible : départ en solo, sac au dos, embarquement en couple, construction d’une vie de famille, aventure hospitalière ou rêve de libéral en bord de mer. En remplacement ou comme titulaire, chacun peut bâtir son projet.
Sophie, radiologue qui prépare son départ pour la Martinique, « envisage cette future expérience comme une parenthèse agréable de fin de clinicat, permettant l’acquisition de nouvelles connaissances et méthodes de travail, mais aussi le recours à la débrouillardise, avant de réfléchir ensuite à son installation ».
Bref, quand on est décidé, peu de risques de ne pas trouver une possibilité de départ. À moins que…
Pas de sortilèges, mais quelques pièges
Pour Éric, anesthésiste-réanimateur lui aussi et insulaire aguerri, passé par la Martinique, La Réunion, la Nouvelle-Calédonie et enfin Tahiti, la question n’est pas tant de posséder le profil parfait que de partir pour de bonnes raisons.
Et de respecter quelques principes de base. Car, « s’il y a beaucoup d’opportunités, il y a aussi beaucoup de pièges ».
L’isolement familial, premier risque du départ
Commençons par « l’isolement familial », qui peut sérieusement entamer le rêve d’aventure. Il ne suffit pas de se créer un nouveau réseau social pour y échapper : il faut s’y préparer.
Les promesses de visites formulées par les proches avant le départ s’estompent parfois avec le temps. La distance peut alors devenir une contrainte majeure en cas de difficulté personnelle ou familiale.
Revenir rapidement dans l’Hexagone ou faire venir ses proches n’est pas toujours possible. Le coût du voyage, les délais de transport ou le manque de confrères disponibles pour assurer un remplacement peuvent rendre les déplacements compliqués.
L’éloignement finit alors par peser réellement.
Le conjoint, angle mort du projet
« L’isolement du conjoint » n’est pas un détail. Il doit être envisagé avec maturité. Si notre partenaire ne fait pas partie du voyage ou s’il n’est pas prévu qu’il ou elle travaille sur place, attention, danger !
Dans le premier cas, la distance nécessite de définir dès le départ un projet commun et un horizon précis, afin de ne pas se perdre en chemin.
Dans le second, partir uniquement pour accompagner l’autre, sans activité professionnelle ni projet personnel, peut rapidement devenir difficile. Ennui, dépendance financière, décalage dans les rythmes de vie : les raisons de voir l’expérience tourner court ne manquent pas.
Tout est possible, bien sûr. Mais mieux vaut ne pas se mentir avant le départ.
La carte postale n’est pas la vie quotidienne
Savoir s’adapter n’est pas une option. Le climat, les distances, le coût de la vie, l’offre de loisirs et le rythme du quotidien peuvent être très différents de ceux auxquels on est habitué.
Une destination rêvée pendant les vacances ne correspond pas nécessairement à ses attentes lorsqu’on y vit toute l’année.
Encore faut-il choisir un territoire compatible avec ses envies et son mode de vie. Gare, par exemple, au skieur chevronné qui découvrirait un peu tard que les sports nautiques ne suffisent pas à son bonheur !
Ne pas choisir son poste à la légère
Côté professionnel, il ne faut surtout pas négliger le choix du poste.
La qualité et l’attractivité du travail, les équipements disponibles, la permanence des soins, la charge des gardes et même l’ambiance au sein d’une équipe peuvent varier fortement selon les territoires, les établissements, les services et les spécialités.
Partir travailler le cœur lourd tous les jours n’est pas un gage d’épanouissement, même avec une plage paradisiaque à quelques kilomètres.
Gare au « voyage patho »
Enfin, il faut éviter le « voyage patho ». Tout quitter pour s’éloigner de ses problèmes ne fait souvent que les inviter à monter dans l’avion avec nous.
Une difficulté personnelle, professionnelle ou conjugale ne disparaît pas sous prétexte que l’on change de latitude. Une fois sur place, l’éloignement peut même renforcer le sentiment de solitude.
Partir pour fuir est donc rarement un projet solide. Mieux vaut partir vers quelque chose que loin de quelque chose.
Les bons conseils avant le départ
Comment éviter tous ces pièges ? Si certains relèvent de la vie privée et nécessitent avant tout d’être parfaitement transparent avec soi-même et avec ses proches, sur le plan professionnel, un conseil domine : aller voir avant de s’engager durablement.
Remplacer pour goûter
Le minimum consiste à découvrir son futur service, ses confrères, ses associés éventuels, son cabinet et son environnement quotidien. Bref, mieux vaut appréhender autant que possible la réalité du poste avant de s’installer.
Et le meilleur moyen d’y parvenir reste souvent le remplacement.
Éric, quatre fois insulaire, connaît bien cette phase de mise en bouche. Il estime qu’elle conditionne largement la suite de l’expérience. Il conseille de « faire d’abord le tour de toutes les opportunités sans se fixer absolument sur une île, et encore moins sur un établissement ».
Un territoire peut faire rêver, mais un bon poste, une équipe solide et des conditions de travail acceptables comptent davantage qu’une destination choisie sur une brochure touristique.
Une préparation épicée
De l’avis général, il faut s’y prendre au moins trois à six mois à l’avance pour organiser son départ. Pour un remplacement, quelques postes de dernière minute peuvent néanmoins apparaître.
Les formalités dépendent du territoire, du statut et du type d’exercice. Il faut notamment vérifier les démarches à accomplir auprès de l’Ordre des médecins ou de l’autorité compétente localement, ainsi que les conditions d’assurance, de protection sociale et de prise en charge des déplacements.
Une copie de ses diplômes ne suffira donc pas toujours à régler la question.
Salaire, logement, billets : tout doit être négocié
Côté travail, le principal défi consiste à bien négocier son contrat.
La rémunération peut être attractive, mais elle varie fortement selon le territoire, l’employeur, le statut et la durée d’engagement. Certaines indemnités particulières ne concernent que des situations précises et ne peuvent pas être considérées comme automatiques.
Il faut donc examiner la rémunération totale, les gardes, les astreintes et les éventuelles primes, sans oublier les avantages en nature.
Au premier rang de ceux-ci figure le logement. Plus ou moins difficile à trouver selon la destination, un toit de qualité à un tarif abordable n’est pas toujours évident à dénicher. L’idéal est donc que sa mise à disposition ou sa prise en charge soit inscrite clairement dans le contrat.
Même vigilance pour les billets d’avion, le déménagement, le transport d’un véhicule, les déplacements de la famille ou les voyages de retour vers l’Hexagone : rien ne doit être supposé acquis.
Enfin, en partant, on conserve parfois un logement sur le continent. Avant de compter sur la rémunération ultramarine pour en supporter facilement le coût, mieux vaut établir un budget réaliste intégrant le prix des voyages et le coût de la vie sur place.
Avant de signer
Vérifiez précisément :
– le statut proposé et la durée de l’engagement ;
– la rémunération, les gardes, les astreintes et les primes éventuelles ;
– la prise en charge du logement, des billets et du déménagement ;
– les conditions d’exercice et les équipements disponibles ;
– l’organisation des remplacements et des congés ;
– les démarches administratives et ordinales nécessaires ;
– les possibilités professionnelles et personnelles offertes au conjoint.
Le globe-docteur parfait n’existe probablement pas. Mais le médecin bien renseigné, qui a testé le terrain et construit un véritable projet, met toutes les chances de son côté.
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