Partir oui... mais pourquoi ?

Pour savoir ce qui motive certains au départ, nous avons interviewé ceux qui sont partis.

LES MOTIVATIONS AU DÉPART
Les conditions de travail en France, la frustration face aux manques de moyens, une fatigue liée aux problèmes organisationnels, et le salaire qui ne suit pas, sont des arguments qui sont souvent rapportés par les médecins expatriés, lorsque, sur la base de leur expérience et une fois installés à l’étranger, ils comparent les deux systèmes. Michel, 44 ans, oncologue et expat' au Québec depuis un an et demi, l'affirme : « Les conditions de travail en France sont difficiles et n’ont rien à voir avec les conditions que je connais ici ».

La médecine à l’anglosaxonne, plus organisée selon les médecins interviewés, où chacun a un rôle bien (mieux) défini dans son domaine de compétences et où la gestion administrative est attribuée à des personnes formées et dédiées à cela, semble séduire nombre des médecins français à l’étranger. La rémunération aussi est très appréciée, tout comme la plus forte considération sociale de la profession médicale elle-même. « Il y a au Québec une reconnaissance de toutes les professions qui ont fait des études universitaires » nous confie Michel, « le médecin est privilégié, il a un pouvoir d’achat au-dessus de la moyenne ». Le personnel aussi est plus nombreux autour des professions médicales, il y a notamment plus d’infirmiers(ères), « et le secrétariat fonctionne bien. Ici, on me demande de faire mon travail de médecin ! ».

Nos expat’ recherchaient aussi un rythme de travail plus équilibré. Un emploi du temps surchargé avec des heures qu’il ne comptait plus a lancé Jean-Pierre dans l’aventure britannique. En 2004, il quitte Bordeaux et son cabinet, où, à 45 ans, son exercice le fatiguait trop. « Être généraliste demande une disponibilité constante de 8 h à 20 h, 5 jours par semaine minimum – sans compter la gestion administrative – avec seulement 2 à 3 semaines de vacances par an. Au bout de quelques années, je me suis dit que, si je continuais comme ça, j’allais moi-même avoir des problèmes de santé ». Aujourd’hui, il est salarié en Angleterre dans un nouveau cabinet british et travaille à son rythme 40 à 45 h hebdomadaires, avec une journée de libre dans la semaine.

L’activité professionnelle n’est pas la seule raison qui pousse à partir. Pour certains, retrouver un conjoint à l’étranger est ce qui a motivé l’exil. C’est le cas de Diane, 35 ans, qui a rejoint son compagnon en Suède. Elle a dû s’adapter au système local, reprendre une formation de plusieurs années, au cours de laquelle elle a finalement changé de spé. Généraliste en France, elle est devenue anapath’ en Suède. Une opportunité pour Diane, riche d’avantages certains (temps de travail, rémunération, organisation) qui ne lui font pas regretter son émigration. « Je n’ai aucune envie de retourner en France ! ».

LES FACTEURS DÉCLENCHEURS
Michel a mûri son projet de départ pendant plusieurs années. Médecin militaire, il a décidé de sauter le pas  à 43 ans le jour où son service a fermé. Une déception professionnelle ou personnelle d’ailleurs, une difficulté à trouver un nouveau poste, une nouvelle installation sont autant d’éléments marquant dans une vie qui peuvent conduire à s’expatrier. Jean-Charles, oncohématologue de 38 ans, exerce aujourd’hui en Allemagne, mais au départ, il était PH dans l’est de la France. Trouvant difficilement le poste qu’il souhaitait, il a franchi la frontière en 2013 à 34 ans pour rejoindre sa compagne allemande.

De son côté, Bruno, la cinquantaine, médecin-biologiste de formation et directeur de son labo d’analyses près de Bordeaux, n’a pas supporté en 2001 une énième réforme alors qu’il avait déjà licencié la moitié de son équipe. Il décide alors de vendre et suit sa femme américaine aux Etats-Unis, où il n'a pas passé l’intégralité de son équivalence mais dirige un centre de recherches cliniques.

LA DÉBAUCHE
Dans le cas des chercheurs et des experts à forte notoriété dans leur domaine, le projet de départ peut être apporté sur un plateau doré ! L’établissement ou l’université d’accueil déroule le tapis rouge pour certains d’entre nous, et l’expatriation est alors facilitée au maximum. Il ne reste plus qu’à dire « oui » ou « non » ! C’est un peu la vie de Paul, 38 ans, anciennement spécialiste en santé publique et informatique médicale à l’hôpital européen Georges- Pompidou, et qui a été recruté en 2014 par la Harvard Medical School à Boston en tant qu’assistant professor (équivalent du titre de MCU-PH). En effet, après un an de post-doc sur site, où son implication et son travail a marqué les esprits, on lui a offert un poste dans la prestigieuse université. « C’est un environnement de travail exceptionnel, que je ne trouvais pas en France », confie Paul sans regret, sans compter que sa rémunération a triplé par rapport à ce qu’il était en droit d’espérer en France.

Une chance pour ceux qui veulent partir, les pays qui vivent un déficit démographique de médecins offrent des conditions de recrutement très alléchantes. C’est l’exemple de l’Angleterre qui propose une assistance à l’installation apportée par le National Health Service (NHS). JeanPierre, 58 ans, est aujourd’hui general practitioner à Grimsby, entre York et Lincoln, en bord de mer, dans une région où l’on manque de médecins. Il explique que le NHS met tout en place pour une intégration réussie. « La première année, j’ai été payé pour me former : cours de langue, apprentissage du système de santé britannique, etc. ». La NHS a fait les démarches administratives à sa place et lui a directement proposé des maisons à louer.

Alors, qui sera le prochain ?

Portrait de La rédaction
article du WUD 22

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