Michel Cymes : Médecin pour tous

Chouchou du grand public, Michel Cymes se voit en vulgarisateur pour tous, et considère son plateau télé comme un « super » cabinet de consultation, permettant de toucher des milliers de patients.

WUD Michel Cymes, vous préférez être connu comme homme de télévision ou reconnu comme médecin ?

MC Je me vois comme un médecin, pas comme un journaliste. Je serais incapable de faire un reportage ou d’écrire un article. Que je sois à l’hôpital, à la radio, en conférence ou à la télé, ça reste le même domaine : la santé. Pendant les émissions, je fais le boulot d’un animateur, mais je me considère comme un toubib devant son patient… sauf qu’ils sont des milliers.

 

WUD Médecine, c’était une vocation ?

MC Au lycée, j’aimais les sciences naturelles, mais j’ai surtout suivi mon meilleur ami. Ça s’est révélé un excellent choix. La discipline, qui n’était pas une vocation, est bien vite devenue une passion qui ne me quitte plus. Aujourd’hui encore, je consulte toujours avec un plaisir immense, et mon activité à l’hôpital reste ma priorité. Par ailleurs, il est vrai que j’ai un côté hyperactif et je m’ennuie assez vite. C’est sans doute pour cela que j’ai besoin d’exercer la médecine de différentes façons.

 

WUD On dit que vous êtes le premier de la famille Cymes à avoir eu le bac… C’est vrai ?

MC Oui ! C’est la vérité. Malheureusement, à Auschwitz où mes deux grands-pères sont morts, on ne proposait pas de passer le bac.

 

WUD Comment passe-t-on de la médecine à la télévision ?

MC Au cours de mon internat, je m’amusais à écrire de petites chroniques pendant mes gardes. J’avais proposé à Autoroute FM de bosser pour eux, mais sans succès. Lors d’un rallye au Sahara pour lequel je travaillais en tant que médecin, j’ai rencontré des journalistes d’Europe 2. Je leur ai parlé de mon envie de faire de la radio. Une place de chroniqueur santé se libérait. C’est de là que tout est parti : de l’envie, de l’opportunisme, et beaucoup de chance!

 

WUD Qu’est-ce qui vous plaît dans le métier d’animateur ?

MC J’ai toujours adoré expliquer les choses au patient. En consultation, je fais des croquis, je prends mon temps… On pourrait parler de fibre pédagogique.

Le plaisir que je prends dans mon métier d’animateur, c’est d’expliquer ! Je veux que les gens puissent avoir gratuitement des informations sur la santé. D’ailleurs, je fais un tour de France de conférences gratuites. Expliquer la santé, c’est ça mon truc.

 

WUD Si je vous dis que vous êtes un vulgarisateur, vous trouvez ça vulgaire ou ça vous convient ?

MC Vulgariser, c’était un gros mot… il y a trente ans ! Aujourd’hui, c’est la base de notre métier. Pour moi, c’est une deuxième langue, un réflexe. Je n’ai pas besoin de réfléchir pour traduire un concept médical dans un langage simple. Cette faculté m’aide beaucoup au quotidien.

 

WUD Il faut être médecin pour animer des émissions sur la santé ?

MC À mon sens ce n’est pas indispensable, mais c’est un réel confort. Les journalistes santé non médecins sont obligés de faire des efforts en permanence alors que quand on est médecin, les efforts, on les a faits pendant des années d’études. La médecine, on l’a dans le cerveau.

 

WUD Vous sentez-vous plus utile comme médecin praticien ou comme médecin animateur ?

MC En consultation, j’ai un seul patient alors qu’à la télévision j’en ai 1 million. Ça multiplie le facteur efficacité, vous ne trouvez pas ?

 

WUD Pourquoi continuez-vous à consulter ?

MC Parce que c’est mon métier ! Arrêter la chirurgie a déjà été très difficile. Arrêter la médecine serait un crève-cœur. J’en ai suffisamment bavé dans mes études pour vouloir garder ma précieuse carte de toubib. Mes deux demi-journées à l’hôpital, elles sont épuisantes, mais j’y tiens !

 

WUD Votre célébrité ne pose pas de problème avec les patients ?

MC Absolument pas. En règle générale, ça se passe très bien. Les cas les plus embarrassants, ce sont les gens qui viennent avec un dossier long comme le bras après avoir vu tous les docteurs de France et de Navarre. Comme je suis médecin à la télé, ils me prennent pour Superman !

 

WUD Le « Magazine de la santé » fêtera cette année son 16e anniversaire. Qu’est-ce qui fait le succès de vos émissions ?

MC Avec « Allô Docteurs » qui complète le « Magazine de la santé », et les autres programmes, nous avons le quasi-monopole de l’info santé à la télé… C’est effectivement un beau succès. Auprès du public, je crois que ce qui plaît avant tout, c’est la dédramatisation et l’humour associé au fait d’apprendre des choses sur la santé. C’est une émission sur la maladie qui ne rend pas malade !

 

WUD L’humour, est très présent dans vos émissions. Pourquoi ?

MC À la télé, plus on est naturel, mieux c’est, et chez moi l’humour c’est spontané ! J’ai longtemps cru qu’il n’était pas possible d’associer santé et humour, mais j’ai progressivement mis le pied dans la porte et voilà le résultat. Mais croyez-le ou non, en plateau, je me freine encore un peu !

 

WUD On ne le sait pas assez, vous êtes aussi administrateur-fondateur de l’ONG « La chaîne de l’espoir » qui donne accès aux soins chirurgicaux à des enfants démunis dans une trentaine de pays. Est-ce qu’il était important de vous engager pour une action humanitaire ?

MC Quand on a la chance de faire un métier qui vous met en vitrine, la moindre des choses, c’est d’aider ceux qui ont besoin d’un peu d’exposition. Quand on m’a proposé ce projet, j’ai dit oui sans même me poser la question de savoir pourquoi.

J’interviens également dans deux autres associations, qui concernent toutes les deux les enfants : l’association « Sparadrap » dont je suis parrain et « Enfance Majuscule » qui vient en aide aux enfants maltraités.

 

WUD Par le passé, certaines personnes vous ont reproché des conflits d’intérêts en raison d’une certaine proximité avec l’industrie pharmaceutique. Qu’avez-vous à leur répondre ?

MC C’est très ancien. Ça doit faire 12 ans que je n’ai pas animé une conférence pour l’industrie pharmaceutique, et déjà à l’époque, j’étais très attentif aux conflits d’intérêts. À partir du moment où j’animais un symposium pour un labo, je les avertissais que je ne consacrerais aucune de mes chroniques au sujet. Ils étaient prévenus ! Aujourd’hui tout cela appartient au passé.

 

WUD À travers une photo humoristique où l’on vous voyait caleçon baissé et doigt en l’air, vous vous étiez engagé en faveur du dépistage systématique du cancer de la prostate. Qu’en pensez-vous aujourd’hui ?

MC Contrairement à ce que certains ayatollahs de la santé publique ont soutenu, je ne suis pas l’agence de communication de l’Association française d’urologie et je n’ai pas fait cela pour aider le recrutement de mes amis urologues. Il est écrit sur l’affiche : « Tous les cancers de la prostate ne doivent pas être traités mais tous doivent être dépistés ». Je reste persuadé, qu’il est important de dépister et de diagnostiquer les cancers de la prostate ! En revanche, il ne faut bien évidemment pas tous les traiter. Le traitement doit être discuté en fonction de l’agressivité de la tumeur et de son risque d’évolution. Me faire dépister, c’est en tout cas l’option que je choisirai pour moi, et je crois que ce sera également celle de l’immense majorité des médecins, y compris de ceux qui me sont tombés sur la gueule.

 

WUD Vous êtes fan du PSG. Une carrière de médecin du sport comme celle de Gérard Saillant dans l'automobile ou d’Éric Rolland dans le football, cela vous aurait plu ?

MC Ça m’aurait beaucoup plu. Un jour, grâce à mes activités, je me suis retrouvé dans les vestiaires du Racing après un match de rugby. Pour un fan de sport comme moi, c’était un rêve de gamin éveillé ! Aujourd’hui, l’amateurisme n’a plus sa place dans le sport et je n’ai pas les compétences requises. Les médecins du sport comme Gérard Saillant et Éric Rolland sont extrêmement spécialisés et qualifiés.

 

WUD Vous avez suivi des cours de théâtre, et vous avez récemment fait quelques apparitions notamment dans la Vérité si je mens 3. À quand le grand rôle ?

MC Depuis que j’ai annoncé que le cinéma m’intéressait j’ai eu pas mal de propositions, et je bosse sur quelques projets. Mais je ne veux rien faire d’autre qu’un rôle de médecin, ou un rôle scientifique. J’ai des patients, je ne veux pas qu’ils me voient en proxénète dans un film avant que je leur annonce un cancer. Tout ce que je ferai, je le ferai en tant que médecin, ou équivalent.

 

 

Curriculum vitae

 

14 mai 1957 • Naissance à Paris

1976 • Baccalauréat

1977 • Début des études de médecine à Necker

1984 à 1989 • Internat à Chartres

1989 à 1991 • CES en ORL

1994 • Début télé pour la cinquième chaîne dans les émissions « Qui vive » et « Attention Santé »

Depuis 1998 • Lancement et présentation du « Journal de la santé » (actuel « Magazine de la santé »)

Depuis 2007 • Lancement et présentation d’« Allô Docteurs »

Depuis 2011 • Chroniques quotidiennes sur RTL

 

Cinéma/télé

2012 • Apparitions dans La Vérité si je mens 3

2013 • Apparitions dans la série Y’a pas d’âge

2013 • Premier rôle dans un court-métrage Diagnostic

 

Humanitaire

• Administrateur-fondateur de « La chaîne de l'espoir »

• Parrain de l’association « Sparadrap »

• Implication pour « Enfance Majuscule »

Portrait de Romain Jaillant
article du WUD 16

Vous aimerez aussi

Professeur de physio, ex-chef de service de médecine interne à l'hôpital de Nanterre, créateur du terme « tabacologie » et fondateur de la Société de...
DR
Michèle Rubirola, 63 ans, est la première femme à prendre la place de maire à Marseille. Un exploit pour cette médecin, après 25 ans de règne de Jean...
Fille d’émigrés espagnols, première professeure de neurochirurgie, ancienne cheffe du service de neurochirurgie, hôpital Beaujon (AP-HP), le Pr Aimée...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.