Médecin et peintre

Médecin urgentiste pendant 15 ans, Florence Tovagliaro a opté pour la médecine légale depuis quelques années. De nature souriante et généreuse, elle trouve dans la peinture un univers paisible bien différent de l’agitation qui fait partie de son quotidien.

What’s up Doc. Votre parcours en quelques mots ?

 

Florence Tovagliaro. Après mes études de médecine, je suis devenue urgentiste. Pendant 15 ans, avec les équipes du Samu et des urgences, j’ai vécu dans l’action et les décisions rapides. Dans les années 2000, tout en continuant à exercer, je me suis orientée vers la médecine légale et le dommage corporel. J’exerce actuellement au sein du service de médecine légale du CHU de Bordeaux.

 

WUD. Comment êtes-vous venue à la peinture ?

 

FT. Avec un père italien, j’ai toujours baigné dans un environnement artistique. Un voyage à Rome a gravé en moi l’« empreinte de la Renaissance ». Après le bac, j’ai mis l’art de côté pour faire des études de médecine. Le temps libre de mes années d’urgentiste a été consacré à ma famille. Plus posée, la médecine légale m’a permis de peindre. Il y a quelques années, j’ai commencé dans une association qui donnait des cours du soir. Mais j’ai vraiment commencé à progresser il y a 6 ou 7 ans en rencontrant le peintre Emmanuel Ballangé.

 

Il enseigne dans son atelier et, tout en respectant ma personnalité, il m’a permis d’avoir une vision réfléchie sur ma recherche artistique. De 2013 à 2015, j’ai aussi suivi en auditrice libre les cours de l’école des Beaux-Arts de Bordeaux.

 

WUD. S’agit-il d’un hobby ou d’une nécessité ?

 

FT. Je ne peux pas rester sans peindre. Essentiellement des nus et quelques paysages imaginaires. Je m’intéresse à l’expression de la féminité, de tous les âges et de toutes les morphologies. Comme ma peinture est assez précise, je prends des photos de modèles professionnels et de femmes de mon entourage qui se sont proposées. Je commence toujours par le fond de la toile. Je pose des coulures sur plusieurs couches, à l’encre, à l’acrylique ou au brou de noix. Le motif est traité à la peinture à l’huile. Sur la toile, très peu de couleurs, je peins en transparence pour conserver le fond. Les ombres et les lumières font naître le motif.

 

WUD. Est-ce que la peinture modifie votre rapport aux autres ?

 

FT. Certainement. Mon métier de médecin est secret. En médecine légale, il ne faut jamais parler de ce que l’on voit pour respecter l’enquête et le secret judiciaire. La peinture, exposée, livrée au regard souvent bienveillant de ma famille et du public, me permet là de partager une forme d’intimité. Mais ce n’est pas si simple. Si j’ai beaucoup donné de toiles, je suis toujours très réticente à les laisser partir. J’ai une relation très forte avec certains tableaux. Je viens de refuser la vente de l’un d’eux car n’étais pas prête à m’en séparer. De temps en temps, quand j’ai l’assurance qu’ils seront bien accueillis, je dis oui.

 

WUD. Et si vous deviez choisir entre ces deux métiers ?

 

FT. J’ai déjà été confrontée à un choix très difficile entre la médecine d’urgence et la médecine légale. Donc, pour le moment, je n’ai pas du tout envie de choisir. J’aime mon métier et j’aime la peinture !

Portrait de Laurent Joyeux
article du WUD 39

Vous aimerez aussi

Marie Curie : Portrait d'une femme engagée est le récit poignant de quatre années de résistance d'une femme contre l'horreur.
Florence Cortot, Interview

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.