Les médecins vus par les directeurs d’hôpital : « Ils se comportent parfois comme des cow-boys »

Les médecins ont tendance à fonctionner dans une bulle qui les empêche d’entendre ce que les autres soignants ont à dire. C’est pourquoi What’s up Doc a décidé de demander à différentes catégories de professionnels de dresser un portrait des praticiens qu'ils côtoient. Après les infirmières (voir WUD 41) et les pharmaciens (voir WUD 42), c'est au tour des directeurs d’hôpitaux de tendre un miroir aux médecins.

D’immondes affameurs. D’odieux profiteurs. D’infâmes grippe-sous. S’il est une profession que les médecins ont l’habitude d’éreinter, c’est bien celle de directeur d’hôpital. Accusés de tous les maux, notamment parce qu’ils tiennent les cordons de la bourse, les lauréats de la fameuse école de Rennes ne sont pas très rancuniers : quand on leur demande ce qu’ils pensent des médecins avec lesquels ils travaillent, ils tiennent souvent à exprimer toute l’estime qu’ils portent aux émules d’Hippocrate.

« Quand on est directeur d’hôpital, a priori on apprécie les médecins, sinon il faut changer de métier », lance par exemple Jérémie Sécher, directeur du CH d’Antibes-Juan-les-Pins et président du Syndicat des managers publics de santé (SMPS), l’une des principales organisations représentant la profession. « Les médecins font preuve d’un engagement remarquable auprès des patients », note de son côté David Gruson, ancien DG du CHU de La Réunion et ancien délégué général de la Fédération hospitalière de France (FHF).

Déni de réalité

Bien sûr, les directeurs peuvent parfois rendre la monnaie de leur pièce aux médecins, et savent leur adresser quelques piques bien senties. Ils s’agacent notamment d’un certain éloignement des praticiens vis-à-vis des réalités budgétaires que les équipes managériales affrontent à longueur de journées. « On a parfois l’impression qu’ils pensent que le matériel sachète et se répare par magie, que l’argent est infini », s’agace Camille*, dirigeante hospitalière qui tient à rester anonyme.

Autre défaut pointé par certains directeurs : l’égo des médecins, qui a chez certains d’entre eux tendance à prendre des proportions démesurées. « Certains médecins, et c’est notamment le cas de beaucoup d’urgentistes, ont tellement l’habitude de sauver des vies qu’ils se comportent parfois comme des cow-boys », note Maryse*, une directrice qui a longtemps officié en CHU. 

Cloisonnement

David Gruson a également noté cette tendance au cloisonnement chez certains médecins, mais il se veut positif. « C’est en train de changer », veut-il croire. « Avec le développement de modes d’exercice tels que la chirurgie ambulatoire, le dialogue avec les autres professionnels s’instaure de façon presque automatique. »

L’ancien dirigeant de la FHF est également optimiste sur l’un de ses principaux chevaux de bataille : le numérique. « Une partie des médecins a un peu de mal avec ces outils », reconnaît-il. « Mais je vois de plus en plus d‘ouverture d’esprit sur ces questions. » Une opinion que ne partage pas Camille* : « Il y a certains logiciels que tout le monde, de l’infirmier à l’ASH, sait utiliser à l’hôpital », remarque-t-elle. « Mais pas les médecins : il faut faire les choses à leur place et j’ai parfois l’impression d’être un peu leur maman. »

Alors, les médecins doivent-ils apprendre à se débrouiller seuls ? Pas vraiment, du moins si l’on en croit Jérémie Sécher. « Je veux que les médecins sachent que les équipes de direction sont à leur service », affirme le patron du SMPS. Un message qui en surprendra plus d’un !

 

Verbatims

« Quand on dit à certains médecins qu’un service est déficitaire, ils prennent cela pour du harcèlement, alors que c’est tout simplement la réalité. » Camille*

« Il y a une certaine vision doloriste des études de médecine : il faut en baver, et si vous n’en bavez pas, vous n’êtes pas un vrai. » Camille*

« La posture de supériorité qui peut être adoptée par certains médecins vis-à-vis d’autres professions me semble assez générationnelle. On observe de moins en moins cette attitude chez les jeunes. » David Gruson

« On retrouve souvent chez les médecins une certaine forme d’individualisme, probablement liée à leur cursus de formation et à la sélection qui y règne. » Jérémie Sécher

« Le corporatisme n’est pas une spécificité médicale. Les médecins sont aussi corporatistes que les autres catégories professionnelles de l’hôpital, directeurs compris. L’enjeu consiste à sortir collectivement de ces corporatismes. » Jérémie Sécher
* Le prénom a été changé. 

 

 

Nuage de mots

Vase clos

Humanisme

Ego

Cloisonnement

Engagement

Corporatisme

Confrontation

Portrait de Adrien Renaud

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