Le handicap physique au cinéma

Première résolution : ne pas parler d'Intouchables. Chef-d’oeuvre ou navet, il a sans le vouloir tiré la couverture à lui sur un sujet qui mérite amplement une petite revue de cinéma. Redécouverte de quelques films qui nous ont touchés… ou laissés de rouille (et d’os !).

Abus de faiblesse (C. Breillat, 2013) vs. En équilibre (D. Dercourt, 2015)

Le bouleversement du rapport au corps qu'impose le handicap, avec une fragilité soudaine rendant la relation à l'autre forcément dangereuse ; tel est le propos de ces deux films très différents qui mettent en scène deux personnes handicapées sur le tard. Confrontées chacune à la réorganisation de sa vie, l’une est exposée aux abus d'un pervers narcissique (Isabelle Huppert, comme d'habitude impériale en cinéaste atteinte d'AVC), l’autre à ceux d'une compagnie d'assurance (Albert Dupontel, solide en cascadeur équestre fauché lors d’un accident de tournage).

Le film de Breillat se veut le descriptif clinique d'une manipulation où le rôle de la victime est rendu volontairement ambigu, pour mieux rappeler que quelle que soit sa personnalité, c’est bien son handicap physique qui la rend vulnérable. Dercourt, lui, réhabilite le risque comme indispensable à la vie, et le rôle vertueux que devraient dès lors avoir les assurances.

And the winner is…

Abus de faiblesse est certes très imparfait, mais la puissance de son plan-séquence final, et le talent indépassable d’Isabelle Huppert, le donnent vainqueur par KO !

My Left Foot (J. Sheridan, 1989) vs. Né un 4 juillet (O. Stone, 1989)

Qui dit transformation physique dit rôle oscarisable. Que cela concerne la ressemblance avec une personne ayant réellement existé, la prise ou la perte de poids… ou bien sûr la figuration de la maladie et de son atteinte corporelle. À ce titre, le match ayant opposé Tom Cruise à Daniel Day-Lewis en 1990 est resté dans les mémoires.

D'un côté, un vétéran du Vietnam traumatisé par la guerre, dont la paraplégie cristallise l’absurdité et la monstruosité. Son handicap le convertira, tel Saint Paul sur le chemin de Damas, en militant pacifiste. De l'autre, le combat d'un homme paralysé de naissance, qui s’acharne à trouver sa place dans l'Irlande des années 30, et qui va réussir à s'exprimer par la peinture avec la seule partie mobile de son corps : son pied gauche. Deux portraits d'écorchés vifs, sans concession, avec un point commun : la sublimation de leur condition humaine au travers du handicap.

And the winner is… 

Rétablissons l'injustice qui a privé Tom Cruise d'un Oscar bien mérité. Si les deux acteurs sont excellents, quitte à aller dans le too much, on préfère la mégalomanie grandiloquente d'Oliver Stone qui n'a pas son pareil pour lacérer le drapeau figurant le rêve américain. Et au final, c'est Né un 4 juillet qui est resté dans les mémoires, seule vraie récompense.

Nationale 7 (J.-P. Sinapi, 2000) vs. The sessions (B. Lewin, 2012)

Deux très beaux films pour finir, sur un sujet très proche : comment la dignité de la personne handicapée passe également par son accès à la sexualité. Les deux productions les plus humaines de la sélection, celles que l'on vous recommandera le plus chaudement, d'autant qu'elles sont l'œuvre de quasi-inconnus n'ayant, hélas, jamais pu renouveler leur exploit. Les deux films décrivent le combat d’un handicapé pour pouvoir – à nouveau ou pour la première fois – faire l’amour.

And the winner is…

On préfère malgré tout The Sessions, pour la simple raison que rien n'est à jeter dans ce film, enchantement ininterrompu ne laissant à aucun moment notre cerveau au chômage, et dont l'émotionnalité n'est jamais gratuite. Inattaquable… et intouchable !

Portrait de Guillaume de la Chapelle
article du WUD 28

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