L’Anemf veut former à la Santé

T’as eu combien au contrôle d’éducation sanitaire ?

Face à l’implication grandissante – mais souvent bancale – du grand public dans leur santé, l’Anemf propose de créer des modules d’éducation sanitaire au lycée, afin de donner les bases pour aborder les soins et le système sanitaire sereinement. Les étudiants en médecine, via le service sanitaire, pourraient être impliqués.

La relation médecin-patient a changé. Fini le paternalisme du médecin-notable envers son malade-enfant – ou presque. Les patients ont Internet, ils suivent les médias santé, ils vont sur les forums pour analyser leurs symptômes – pour le pire plus que pour le meilleur –, considèrent leur médecin comme un égal, et parfois comme un prestataire de services. Et ce nouveau paradigme redéfinit l’approche du système de santé, dans lequel le patient est plus acteur que spectateur.

Des initiatives émanant d’hôpitaux, du ministère de la Santé, d’associations, des mutuelles ou d’autres intervenants tendent à inclure le patient dans ses soins, par le biais d’applications mobile ou d’autres supports. Mais l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) voudrait aller plus loin, en préparant activement les citoyens à leur propre prise en charge sanitaire.

Et, comme pour l’éducation civique, elle propose que cette formation se fasse au lycée.

Fake news !

Résumons les problèmes décrits par l’Anemf en quelques citations : « Docteur, j’ai vu sur un forum que… », « Je suis malade mais vous ne me prescrivez rien ? », « Les vaccins et les médicaments, c’est quand même dangereux, j’évite », « Ah bon ? J’ai des remontées acides depuis deux semaines mais c’est pas une urgence ? », « Comme je me sentais mieux, j’ai arrêté mon traitement ».

Beaucoup de comportements et remarques de patients font perdre du temps aux praticiens, de la qualité dans les soins et de l’efficience au système de santé. Mais face à leur implication grandissante, l’Anemf estime qu’il serait judicieux de les former pour que cette implication se traduise dans la qualité du parcours de soins – recours aux services d’urgence, par exemple –, de l’observance thérapeutique ou encore de la consommation médicamenteuse.

Autre objectif, essentiel : développer l’esprit critique face à la connaissance médicale au sens large, pour « discerner la connaissance scientifique des fausses informations ». Une formation en santé au lycée serait aussi l’occasion de faire de la prévention auprès des jeunes, sur des thématiques qui les concernent – santé sexuelle, risques psychosociaux –, mais aussi sur d’autres plus larges, et utiles tout au long de leur vie.

Qui ? Que ? Quoi ?

Que propose l’Anemf ? Un volume horaire de 30 à 40 heures sur l’ensemble du lycée, par séminaires thématiques qui s’adapteraient à la maturité des élèves selon leur âge et les sujets (MST, comportements à risques, fonctionnement du système de santé). Cette formation serait délivrée par des professionnels de santé, des étudiants en santé dans le cadre du service sanitaire (mis en place dès la rentrée 2018), ou par d’autres personnes compétentes (secouristes, enseignants formés spécifiquement, patients experts, etc.).

Le moment semble idéal : « Le contexte actuel de réforme du lycée et de mise en place du service sanitaire semble propice à la mise en place de ce module », explique l’Anemf, qui appelle les professionnels de santé, les acteurs de la prévention et ceux de l’enseignement secondaire, ainsi que les étudiants en santé, à les rejoindre dans la concertation.

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Les thèmes proposés par l'Anemf

Vie affective et sexuelle

§ Découverte du genre et de l’orientation sexuelle.
§ Consentement, première fois, désir, plaisir.
§ Pornographie, sexe et numérique.
§ Violences liées au genre et sexisme (travail, médias, société).
§ Harcèlement.
§ Contraception.
§ Infections et maladies sexuellement transmissibles.

Conduites à risque

§ Utilisation de substances psychoactives, addictions et binge drinking.
§ Violences dirigées contre soi ou contre les autres.
§ Sécurité routière.
§ Comportements sexuels à risque.
§ Pratiques sportives à risque.

Santé mentale

§ Stress et épuisement.
§ Anxiété et dépression.
§ Suicide.
§ Harcèlement, cyber-harcèlement, bullying.

Bon usage du médicament

§ Observance.
§ Automédication.
§ Interactions médicamenteuses.
§ Addictions médicamenteuses.
§ Utilisation sécurisée de la contraception.

Culture de la santé

§ Esprit critique en santé.
§ Hygiène.
§ Représentations de la santé.
§ Bases d’anatomie et physiologie.

Fonctionnement du système de santé

§ Rôle des professionnels de santé.
§ Bases de l’Assurance Maladie.
§ Organisation du système de santé et premiers recours.
§ Gestion des données numériques de santé.
§ Démocratie sanitaire.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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