La santé numérique made in France : Un élan de courte durée ?

Les investissements dans les startups de santé numérique se sont multipliés tout au long de l’année. Une tendance, soutenue par la crise sanitaire, qui s’est également observée en France, même si cela risque de ne pas durer…  

L’année 2020, aka l’eldorado des investissements dans les startups de e-santé ? C’est en tout cas ce que laisse suggérer les derniers chiffres. Après un démarrage impressionnant au premier trimestre 2020 marqué par une hausse de 76 % des investissements par rapport à 2019, la tendance mondiale s’est confirmée jusqu’aux trois derniers mois de l’année. 700 millions de dollars pour la filiale santé de Google Verily, 500 millions de dollars pour Bright Health ou encore 319 millions de dollars pour XtalPi… En tout, 3,8 milliards de dollars ont été investis dans la HealthTech d’octobre à décembre. « Mais, la grande majorité des investissements ont été fait aux États-Unis », souligne le Dr Juan Sébastian Suarez Valencia, consultant en analyse des données de la santé.
 
La France elle aussi, pourtant, a eu son lot de financements au cours de l’année. En juillet, les startups de medtech et de biotech étaient parvenues à cumuler douze opérations d’investissement pour un total de 96 millions d’euros. Et l’année s’est également terminée en beauté puisque la start-up francilienne Medadom, spécialiste de la télémédecine, a bouclé sa dernière levée de fonds à 40 millions d’euros. Et le spécialiste, de préciser : « Mais, nous n’avons pas observé la même accélération qu’aux Etats-Unis. Déjà, parce que nous n’avons pas les mêmes capitaux. Et, pas le même marché ».
 
Pour lui, pas de doute : « Cette tendance va s’accélérer un peu, mais va finir par stagner. Nous ne pourrons pas continuer à injecter la même quantité d’argent qu’en 2020 ».  Et pour cause : la France ne joue pas avec les mêmes règles que nos amis les Américains. « La télémédecine est un marché très réglementé par l’État. Par rapport aux USA où l’État régule moins – voire pas du tout, c’est un frein à l’investissement en France ». Du point de vue des investisseurs, cette grande implication de l’Etat dans le secteur de la santé, et notamment par rapport au remboursement, rend difficile de visualiser quels sont les modèles économiques viables à court et moyen terme. De même, il est compliqué de voir quels sont les possibles exits à long terme. Tout cela pourrait expliquer la réticence à invesrtir dans les startups de santé en France.
 
Autre point qui crispe : l’implication de plus en plus massive de l’État dans la e-santé. D’abord télémédecine, puis e-prescription et messagerie sécurisée : le gouvernement français multiplie les projets. Une dynamique qui amène à se poser une question : « Est-ce l’État va s’associer à un acteur privé ou va-t-il simplement créer un concurrent ? », résume Juan Sébastian Suarez Valencia. Une question centrale, selon lui. « Si l’État s’y met, il va obligatoirement avoir le monopole. Donc, ce sera plus dur pour toutes les startups qui se lancent dans des offres similaires ».
 
Une situation également compliquée par le refus français de payer pour sa santé. Un avis étayé par l’observation des fleurons français de la santé numérique. « Alan, Doctolib… Tous ont lancé leurs boîtes avec déjà plusieurs millions d’euros en poche. Démarrer en France, vous ne pouvez le faire que si vous avez déjà une entreprise qui a fait un exit de plusieurs millions. C’est ensuite grâce à votre nom que vous convaincrez les investisseurs de vous donner de l’argent. ». Et d’ajouter : « Si vous démarrez de 0 en France, votre probabilité d’échec s’élève à plus de 90 % ». Un système qui ne soutient pas la création de startups innovantes … ni les investissements.  « Si je veux investir dans la télémédecine en France par exemple, je regarde le marché. Nous avons Doctolib qui ravage tout, et le reste… Concurrencer une entreprise qui a levé l’année dernière 118 millions d’euros, c’est un peu compliqué ».
 
Un ensemble d'éléments qui risque de freiner à terme la courbe exponentielle des financements observée cette année.  « Il n’y a pas eu de changements législatifs ou au niveau du marché qui permettraient que les investissements se perpétuent », assure Juan Sébastian Suarez Valencia. Sans oublier que les GAFAM, comme Amazon ou Google, se lancent à leur tour dans la santé numérique… « Ça va mettre une pression supplémentaire sur l’écosystème », conclut l’expert.
 

Portrait de Julia Neuville

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