Honoraires des chirurgiens, Halte À l’hypocrisie !

Dépassements d’honoraires, secteur privé À l’hôpital public !

VoilÀ les vilains mots lancés en pâture pour stigmatiser les chirurgiens et À travers eux jeter l’opprobre sur la profession médicale reconnue pour sa compétence et son sens des responsabilités.

Assez d’hypocrisie ! Le terme de dépassement d’honoraire est aussi impropre qu’injurieux. Les chirurgiens ne franchissent pas la ligne jaune puisque les honoraires sont libres de par la loi. Pourquoi choisissent-ils le secteur 2, dit à « tarifs libres » ? Pour deux raisons fondées : l’explosion des primes d’assurance et l’augmentation du coût de la pratique.

En 1980, un chirurgien payait en moyenne 1.000 € de prime en responsabilité civile par an.  Aujourd’hui il verse 15.000 € avec des sommets à plus de 30.000 € pour certaines spécialités.  Le coût de la pratique chirurgicale quant a lui, n’a cessé de grimper depuis 30 ans sans que jamais les tarifs n’aient suivi la même pente. Charges déduites (environ 53%), pour une consultation de 70 €, il  reste 32 € de revenu net avant impôt soit le prix d’une coupe de cheveux ; pour une opération des varices, 82 €, soit le prix d’une heure de réparation dans un garage.

Est-ce reconnaitre la haute responsabilité, la grande technicité et la disponibilité de l’homme de l’art ? Evidemment non, alors que la chirurgie française brille au plus haut niveau international dans de nombreuses spécialités. Clamer haut et fort qu’il n’y a plus d’accès  au tarif de base dans certains départements relève du pur mensonge puisque actuellement 15 à 30% des actes chirurgicaux réalisés par les chirurgiens en secteur 2, le sont bien au tarif opposable. En 2012, un malade ou un blessé peut toujours être opéré en France à très peu de frais, soit en clinique soit à l’hôpital.

Dans l’ambiance actuelle, un revenu moyen de 190.000 € nets avant impôt est-il indécent ? Non ! Le chirurgien français n’est pas cher pour la collectivité alors qu’il répare et soulage jour et nuit. Ses revenus nets sont d’environ 30 à 50% inférieurs aux tarifs de ses collègues ouest européens et 2 à 4 fois moindre qu’aux USA. Le non remboursement des honoraires chirurgicaux représente à peine 1 milliard d’€, soit 5% du total des 20 milliards d’honoraires et 0.7% des 175 milliards du budget de l’assurance maladie. On affole la population pour moins de 1% des dépenses de santé, diversion facile alors qu’il y a tant d’autres recettes de productivité moins démagogiques à  réaliser.

En vérité le système de reconnaissance financière des chirurgiens  est à l’agonie, car il ne représente plus le juste mode de rémunération correspondant à leur engagement. C’est un autre mode de financement qu’il faut établir, basé sur la notion de forfait, alliant la quantité et la qualité de l’activité opératoire

 

Puissent les pouvoirs publics et les représentants de la corporation  aboutir à la révision profonde tant du mode que du niveau de rémunération des chirurgiens. Pour les responsables au pouvoir, jouer sur l’égalitarisme français en pleine crise économique et sociale en criant à l’injustice reviendrait à un véritable déni de courage dans l’adaptation du pays à la modernité. Et pour les chirurgiens, s’accrocher au paiement à l’acte qui a montré ses limites serait une preuve d’inconscience et de dogmatisme éculé.

Nul ne peut plus se défiler !

 

*Guy Vallancien est professeur d’urologie à l’université Paris Descartes, président de l’école européenne de chirurgie et auteurs de plusieurs rapports ministériels.

Portrait de Guy Vallancien

Vous aimerez aussi

Un isolement au plus près de chez nous
Si vous ne vous souvenez pas : courrez voir !

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.