Grève des hospitaliers : pourquoi les syndicats partent-ils en ordre dispersé ?

26 septembre ou 12 octobre, on a le choix dans la date

Les syndicats de PH ont lancé un appel à la grève le 12 octobre afin d’obtenir du ministère la mise en place de mesures pour l’attractivité de l’hôpital public. Problème : les anesthésistes ont décidé de partir avant tout le monde.

 

L’hôpital public est sur le pied de guerre. Las d’attendre, les cinq intersyndicales de médecins hospitaliers ont décidé de lancer un mouvement le 12 octobre. Le mot d’ordre : une valorisation des carrières hospitalières, comme promis par le ministère à l’occasion de son plan pour l’attractivité de l’hôpital. Il faut dire que la fin de mandature, et la nouvelle convention libérale à 1,3 milliard d’euros par an, invitent les hospitaliers à se manifester.

Tous ensemble (mais nous d’abord)

Oui, mais voilà : le SNPHAR-E, principal syndicat d’anesthésistes, avait décidé de lancer son propre mouvement… le 26 septembre, sans attendre la concertation des intersyndicales. Bientôt rejoint par d’autres spécialités (gynéco-obs, psychiatres, biologistes ou encore urgentistes), les anesthésistes ont entraîné deux des cinq intersyndicales dans leur sillage : Avenir Hospitalier (AH) et la Confédération des praticiens hospitaliers (CPH).

Du côté des autres intersyndicales (INPH, CMH, Snam-HP), la pilule a du mal à passer. « C’est juste un problème de cuisine interne », tranche Rachel Bocher, présidente de l’INPH, qui peine à cacher son agacement mais refuse de parler de division. Plus direct, le président de la CMH, Norbert Skurnik, fustige une initiative « clientéliste et médiatique », qui vise à « attirer l’attention sur une spécialité ».

Focus sur le temps de travail

Du côté du SNPHAR-E, on assume. « On a décidé qu’on ferait grève et qu’on n’avait pas à demander l’avis à qui que ce soit », revendique calmement son président Yves Rébufat. « On a parlé du temps de travail dès le début de la mission sur l’attractivité de l’hôpital public et on n’a pas été franchement entendus, en particulier parce que les autres intersyndicales estimaient que ce n’était pas une question prioritaire. »

La question du temps de travail est au cœur de cette querelle. Pour les syndicats du 26 septembre, anesthésistes en tête, la priorité consiste à obtenir un décompte plus avantageux du temps de travail, avec la création d’une cinquième demi-journée (voir encadré). Le mouvement unitaire du 12 octobre porte quant à lui des revendications plus vastes, intégrant une revalorisation des primes et la création d’un échelon pour les praticiens en fin de carrière.

PH et HU sont dans un bateau

Des dissensions qui, pour Yves Rébufat (SNPHAR-E), reflètent des intérêts en partie divergents, notamment entre PH et hospitalo-universitaires. « Avenir hospitalier et la CPH pensent que le temps de travail est important parce que leur corps électoral est principalement constitué de PH », explique-t-il. « En revanche, il y a beaucoup d’universitaires et de chefs de service dans les autres intersyndicales, qui n’ont pas forcément les mêmes contraintes que leurs collègues. »

Alors, divisés, les syndicats de médecins hospitaliers ? D’évidence, et l’approche des élections professionnelles, prévues au printemps 2017, n’y est sans doute pas pour rien. Reste que tous s'accordent sur un point : pour endiguer la vague de désaffections, l’hôpital public ne saurait faire l’économie de mesures d’attractivité puissantes. Que le mouvement débute le 26 septembre ou le 12 octobre ne change rien à l’affaire.

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La cinquième demi-journée pour les nuls

La plupart des PH voient leur temps de travail décompté en demi-journées (DJ). D’après leurs statuts, les praticiens se doivent de travailler 10 DJ par semaine. Or, la durée d’une demi-journée n’a jamais été précisée dans les textes. À l’heure actuelle, une journée de 24 heures correspond à seulement 4 DJ travaillées. Insuffisant pour les syndicats, qui réclament la création d’une cinquième plage horaire afin de prendre en compte la première partie de soirée dans le décompte du temps de travail. Les cinq intersyndicales de médecins hospitaliers s’accordent toutes sur cette mesure, qui figure dans leur plateforme de revendications communes établie au printemps dernier.

Source: 

Yvan Pandelé

Portrait de La rédaction

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