GHT, l’acronyme qui fait trembler les soignants

Ce n’est pas de la drogue, mais ca provoque quand même des bad trips

Hier, les établissements psychiatriques étaient dans la rue. La raison ? Des inquiétudes autour de la mise en place des Groupements hospitaliers de territoire. Le point sur ce qui complique la mise en place de cette réforme.

« GHT Psychiatrie au rabais », « non au GHT », « psy en colère »… Ces slogans étaient ceux que l’on pouvait voir hier à Paris, parsemés de gouttelettes de pluie, sur les panneaux des manifestants contre les Groupements hospitaliers de territoire (GHT). Ce sont en effet majoritairement les établissements de psychiatrie qui se sont regroupés devant le Ministère de la santé pour interpeller Marisol Touraine sur la mise en œuvre de cette partie de sa loi. 

« Nous voulons une dérogation qui nous permette de ne pas appartenir aux GHT », explique le Dr Martin Bouzel, psychiatre et président de la CME du centre psychiatrique Barthélémy-Durand d’Étampes. « Notre peur, c’est que l’on nous coupe les financements et que nous passions d’une dotation globale à la T2A », complète l’une de ses collègues avec inquiétude. 

Quelques éclaircissements

Les GHT, regroupements d'établissements qui devront être conclus d'ici le 1er juillet, inquiètent bon nombre de soignants. Mais leurs implications peuvent paraitre confuses. Selon la loi Touraine, ils ont pour objet « de permettre aux établissements de mettre en œuvre une stratégie de prise en charge commune et graduée du patient, dans le but d'assurer une égalité d'accès à des soins sécurisés et de qualité ».

Traduction ? Dans chaque département, les établissements de santé devront se regrouper pour notamment faire un projet médical du territoire, travailler sur les achats, les systèmes d’information, le DIM (Département de l’information médicale), les formations... Tout un programme qui fait donc craindre aux soignants une diminution des budgets alloués aux différents établissements et une diminution du personnel hospitalier.
 


Manifestante devant le Ministère de la santé, Paris, 31 mai 2016.

Les petits craignent aussi d’être dévorés

Car les psychiatres ne sont pas seuls dans leur lutte contre les GHT. Les Costarmoricains de l’Association nationale des centres hospitaliers locaux (ANCHL) regardent eux aussi l’avenir avec pessimisme. « Les GHT s'engouffrent dans un fonctionnement plus lourd, plus cher, plus éloigné du terrain », expliquait l’association lundi dernier dans un communiqué relayé par l’APM. « Ainsi, le sort des centres hospitaliers locaux (CHL) et de la médecine de ville qui y travaille sera scellé ».

Pourtant, à en croire un rapport intermédiaire de mai 2015 sur la mise en place des GHT, il faut « veiller à ne pas regrouper dans un GHT un trop grand nombre d’établissements. » Les deux principaux rédacteurs, Jacqueline Hubert et Frédéric Martineau, précisaient que « les modalités de fonctionnement et de gouvernance appellent à un collectif resserré ».

Résistance au changement ?

Un discours qui se veut rassurant mais qui semble incapable de convaincre du côté des manifestants. Leur mobilisation relève-t-elle alors d’une certaine méconnaissance, de la défaillance du système de santé ou d’une vraie résistance au changement ?

Interrogé par What’s up Doc, le directeur d’un grand CHU tente d’éclaircir ce point : « La connaissance de la part des médecins est assez mauvaise sur la question des GHT. Et pourtant, ils ont besoin de savoir, ça va être leur avenir. Qu’on soit pour ou contre, le sens de l’histoire, c’est d’aller vers plus de coopération entre hôpitaux publics ».

Source: 

Johana Hallmann

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