Marine Le Pen a des propositions pour les jeunes médecins

Le collectif « Usagers de la santé », officine du Rassemblement bleu marine, a présenté ses propositions il y a dix jours. Comme elles nous paraissaient un peu nébuleuses, nous avons demandé des précisions à son président, le Dr Pierre Delacroix.

L’idée peut paraître difficile à accepter, mais c’est un fait : Marine Le Pen sera l’un des personnages-clé de l’élection présidentielle qui se profile. Ses positions concernant les jeunes médecins doivent donc être prises au sérieux. Il se trouve que le collectif « Usagers de la santé », émanation du Rassemblement bleu marine (RBM), a dévoilé il y a dix jours des propositions pour le prochain quinquennat qui ne brillent pas vraiment par leur clarté. Éclaircissements.

Un service anti-trouille

L’officine frontiste propose par exemple la création d’un service civique de santé de six mois renouvelables dans les zones en tension, proposé aux jeunes médecins sur la base du volontariat. « Quand on a fait des études, il n’est pas anormal de rendre à la collectivité le savoir qu’on a acquis », explique le Dr Pierre Delacroix, président du collectif.

Cette anesthésiste lyonnais se dit convaincu que les jeunes médecins « ont la trouille » de s’installer en libéral, qu’ils ont « besoin de voir » avant de se lancer à leur compte. Raison pour laquelle ils multiplieraient les remplacements. Le service civique pourrait donc d’après lui en séduire un certain nombre, pourvu que les conditions soient attractives. Et bien entendu, il espère qu’à l’issue de ce service civique, certains participants s’installeront dans les déserts.

Un petit air de déjà-vu

Autre proposition du RBM concernant directement les jeunes médecins : la création d’un stage d’internat de six mois dans une zone en tension, « pour la médecine générale mais aussi pour les spécialités (sic) ». Quand on fait remarquer à Pierre Delacroix que cela existe déjà, il ne nie pas. « Nous le faisons en Rhône-Alpes-Auvergne, avec une prime de 400 euros en plus du salaire de l’interne payé par l’État », explique cet élu régional. L’idée serait donc de généraliser cette expérience.

Le stage en zone sous-dotée n’est pas la seule proposition frontiste à avoir un petit air de déjà-vu. Le RBM entend par exemple « favoriser le développement des nouveaux modes d’exercice, notamment les maisons de santé pluridisciplinaires ». Un thème qui figure dans tous les discours ministériels depuis bien des années. Le mouvement lepéniste entend également relever le numerus clausus, permettre aux cabinets de recruter du personnel administratif, favoriser la télémédecine et la chirurgie ambulatoire… Rien d’inconnu pour les praticiens.

Les médecins pas tout à fait caressés dans le sens du poil

Il y a tout de même un point sur lequel les frontistes n’ont pas peur de hérisser les médecins. Il s’agit des compétences des professionnels de santé non-médicaux. Le RBM ne se contente en effet pas d’encourager les délégations de tâches. Il propose aussi « une validation des acquis de l’expérience pour les infirmiers expérimentés, leur permettant d’accéder à des études de médecine raccourcies ».

Ouch ! Quand on voit la réaction de la profession face à la moindre vaccination octroyée aux pharmaciens, on imagine déjà les hurlements que cette validation des acquis susciterait. Pierre Delacroix n’est d’ailleurs pas très à l’aise avec cette proposition. « Elle n’est pas de moi, je pense que c’est prématuré », confesse-t-il. Au moins, on ne pourra pas dire que le RBM a un fonctionnement autocratique.

Crédit photo : Rémi Noyon, Flickr, Creative Common (CC BY-SA 2.0)

Portrait de Whats up doc

Vous aimerez aussi

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.