Élections, pièges à... psys !

Derrières les monstres politiques se cachent souvent des fragilités psychologiques, voire psychiatriques. Illustration avec deux films retracant l’ascension de futurs présidents.

PRIMARY COLORS, de Mike Nichols (1998)

L’histoire
L’odyssée, au départ improbable et cocasse, de Jack Stanton, jeune gouverneur du sud des Etats-Unis, (un peu) plouc et (très) libidineux. Son ambition de remporter les primaires du parti démocrate va être contrariée par son goût pour les petites minettes…

Le thème
Toute ressemblance avec Bill et Hillary Clinton est bien entendu totalement non fortuite ! Primary Colors nous rappelle à quel point le processus électoral américain démarre comme une pétaudière… ce qui, dans des provinces reculées, pourrait donner à nos fameux marchés, chers à nos politiques pour le serrage de pinces, un côté follement moderne ! Ce long processus est semé d’embûches, et tous les coups bas sont permis. Porté par un cynisme évoluant insensiblement vers une dureté inquiétante, le film dissèque les prémices et les principes des dirty campaigns que le pays ne cessera de connaître par la suite. Prophétique, il met en avant un dir’ cab’ qui préfigure l’ère Obama en annonçant la prochaine grande conquête de l’électorat noir américain…

Les personnages
En sosie de Clinton, Travolta fait un peu grease mine, mais l’amateurisme mou de son jeu sert le côté parfois veule de l’impétrant. Et réussit à nous montrer, en quelques scènes, comment la réussite d’un candidat tient plus à son charisme et à son empathie qu’à la profondeur de ses idées ou à la pertinence de son programme. À ses côtés, Emma Thompson est tour à tour drôlatique et glaçante. Elle parvient à rendre plus humaine une Hillary Clinton qui, il faut bien le dire, ne s’est pas arrangée au fil du temps… Mention spéciale à Kathy Bates, impressionnante dans un rôle de conseillère bipolaire.

La critique
Pour peu que l’on résiste à son début poussif et brouillon, à l’image de l’équipe de campagne qu’il décrit, cette satire de la campagne américaine offre de savoureux portraits et aboutit à une réflexion profonde sur le dilemme permanent entre sacrifice de ses valeurs et maintien de ses idéaux dans le combat politique.

LA CONQUÊTE, de Xavier Durringer (2011) 

L’histoire
Contrairement à son collègue américain, Durringer ne s’embarrasse pas de prête-noms dans cette chronique non romancée d’un calife qui voulait prendre la place du calife. De sa nomination place Beauvau en 2002 au jour de son élection triomphale en 2007, La Conquête retrace le parcours douloureux de Nicolas Sarkozy sous le quinquennat de Jacques Chirac, qu’il finira par décider d’exécuter…

Le thème
Portrait resserré et intime d’un obsessionnel de la politique, tour à tour décrit comme maniaco-dépressif, mégalo et parano par ceux qui l’ont côtoyé et/ou combattu, le film s’intéresse avant tout aux bruits de couloir de la politique française, préférant mettre l’accent sur les petites phrases assassines que sur la mécanique des coups tordus qu’il décrit en arrière-fond.

Les personnages
Un grand acteur (Denis Podalydès) pour jouer un petit personnage, cela donne beaucoup plus qu’une imitation mais un peu moins qu’une incarnation. Il n’empêche : au delà des tics, faciles, il laisse percevoir l’hypersensibilité d’un écorché vif qui semble se perdre, contrairement à un Clinton, dans la facticité de ses convictions, nécessairement changeantes. Sa quête du pouvoir entraînera fatalement son isolement. Le reste du casting ressemble parfois à un jeu de « Qui est qui », mais reste de très bonne tenue.

La critique
Réjouissant si l’on aime la politique, le film se limite hélas souvent à un catalogue d’anecdotes ou à l’Album de la Comtesse du Canard enchaîné. Depuis il y a eu House of Cards

Portrait de Guillaume de la Chapelle
article du WUD 29

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